Marcher avec toi, Jésus de Nazareth ?

Préface | Introduction | Prologue

PRÉFACE

Connaître Jésus. Aimer Jésus. Le faire connaître et le faire aimer, voilà le profond souhait de Louis ! Projet de toujours, qu’il ose aujourd’hui. Une expérience de vie qu’il nous invite à découvrir. L’enjeu est de taille, à dire vrai.

Louis est un passionné. Ses rencontres l’ont ouvert à l’inconnu, comme lorsqu’un avion s’élève au-dessus des nuages et nous tire vers le haut. Même s’il reste des heures durant, absorbé par le ciel contemplé, il nous revient témoin d’une aventure, témoin d’une présence concrète. Présence de quelqu’un qui est « autrement Autre » : Dieu fait homme pour un supplément de vie !

« Regardez les oiseaux du ciel… votre Père céleste les nourrit ! «  disait Jésus (Mt 6,26), et Jérémie, le prophète, indiquait ceci : « Même la cigogne dans le ciel sait quand elle doit revenir : la tourterelle, l’hirondelle et la grue respectent la date de leur retour. Mais mon peuple ne connaît pas la Loi de Yahvé. » (Jr 8,7) Alors Louis, à leur suite, nous transmet sa parabole de l’oiseau. Car il s’agit bien de sortir d’une mauvaise perception de qui est Dieu !

Or, voici qu’après ses longues marches à Tamanrasset puis vers Santiago de Compostela et le Mont Saint-Michel, Louis a dirigé ses pas de pèlerin vers la montagne de Jérusalem.  Trois fois de suite, pour approfondir avec plus d’intensité sa vie intérieure. Il n’en est pas encore tout à fait revenu… il y pense souvent, à ce Jésus dont il se fait proche et dont il parle comme d’un grand ami. De cet immense cadeau de vie divine, venu par Marie de Nazareth, saint Joseph fut surpris ! A sa suite, Louis non plus n’a pas épuisé cet émerveillement que constitue la présence de Jésus parmi nous.

Pour accueillir cette bonne nouvelle, il cherche et questionne : qui donc es-tu, Jésus ? Il découvre sa trace dans l’histoire et la géographie, en plus des témoignages évangéliques. Puis il répond aux questions : comment es-tu né ? Comment as-tu grandi au milieu de ton peuple, parmi tes ancêtres, dans ton environnement culturel de tradition juive et en ton pays, la magnifique Palestine et ses alentours syro-phéniciens, tant malmenés par les prédateurs politiques de nos jours ? Quelles sont tes sources et tes lectures ? Il présente les patriarches et les prophètes, en plus des prières de louange que sont les Psaumes. Elles préparent les signes révolutionnaires du règne de Dieu dans le fond du cœur humain, si souvent blessé ou égaré. Quel est ton témoignage ? Catéchiste engagé en communauté paroissiale, Louis exprime son attachement intime à la personne de Jésus, son adhésion de cœur au fils de Dieu le « Christ Emmanuel », ami des hommes, frère non-violent, homme de prière conduit par l’Esprit-Saint. Crucifié par le mal mais donnant sa vie dans la foi inébranlable en la volonté de son Père, réveillé de la mort, Jésus de Nazareth est le maître de vie qui nous relève et nous sauve par son amour et son pardon. Il rend visible la Parole qui a créé tout l’univers par débordement de son amour et lui donne son sens plénier par la résurrection des mortels que nous sommes, nous qui nous savons destinés à être en communion éternelle avec Celui qui nous offre sa vie divine.

L’auteur avoue chercher à enlever les obstacles mis à la rencontre de Jésus, enfant, artisan charpentier et prédicateur de Nazareth, allant à la rencontre de tout un chacun qui le cherche, jusqu’aux périphéries. Si le jeune italien Carlo Acutis a utilisé l’électronique pour montrer que « l’Eucharistie est une autoroute vers le Ciel » (cf. Will Conquer, Un geek au paradis, Ed. Première Partie, 2019), Louis fait appel dans ce livre à des extraits de la Bible qui le touchent et qu’il aime. Il n’hésite pas à les accompagner de nombreuses photos, cartes et plans soigneusement choisis pour nous aider à mieux comprendre cette parole inspirée qui le guide depuis toujours.

En ceci, Louis, tout comme Carlo, exprime sa joie de croire en Jésus et fait pleinement sien le souci d’annonce que le Pape François exprime bien dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium (2013), au N° 164 :

 « Jésus-Christ t’aime, Il a donné sa vie pour te sauver,
et maintenant Il est vivant à tes côtés
chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer. »

Frère Christian Eeckhout
Dominicain à Jérusalem

INTRODUCTION

Il était une fois

Les toutes premières pages de ce livre sont, a priori, réservées à mes petits-enfants et aux jeunes enfants qui suivent le catéchisme car « les grands », c’est-à-dire les adultes, risquent d’avoir quelques difficultés pour comprendre le sens de cette petite histoire. Et pourtant ! N’est-ce pas eux qui pourraient avoir le plus besoin de l’entendre et savoir aller au-delà de son contenu immédiat ?

Mon Ami(e), tu connais les contes de Perrault, de Green, de…  Tous les papas et toutes les mamans du monde racontent ce genre d’histoire à leurs enfants quand ils sont petits. Je vais maintenant t’en raconter une  toute nouvelle.  Tu seras le premier à l’entendre parce qu’elle est née dans ma tête et qu’elle va en sortir pour la première fois, rien que pour toi.

Il était une fois un monsieur qui habitait dans la région parisienne. Il avait travaillé dur pendant toute sa vie, ce qui lui avait permis d’acheter une maison avec un petit jardin. Il prenait soin de son jardin, en particulier parce qu’il savait que cela faisait un grand plaisir à son épouse qui était une artiste. Elle aimait beaucoup les belles choses de la nature. Lui, c’était tout ce qui est technique qui lui plaisait le plus, surtout les avions.

Un jour, alors qu’il était en train d’arroser les fleurs, il voit un joli petit oiseau se poser à quelques mètres de lui. Il arrête tout de suite le jet d’eau et ne bouge plus. De cette façon, il peut rester regarder, en silence, cette petite merveille qui est là devant lui. Qu’elle est belle cette petite boule de plumes ! Tu ne me croiras pas, mais j’affirme qu’il réussit à la trouver aussi belle qu’un magnifique avion ! C’est pas peu dire !

Et puis, tout d’un coup, le petit rouge-gorge (le monsieur qui n’y connait rien dans ce domaine sait malgré tout que c’en est un grâce à sa magnifique décoration, regarde la photo), je disais donc que le petit rouge-gorge s’est envolé. Pour aller où ? Je ne sais pas. Peut-être dans sa maison, dans son nid.

Toujours est-il que le petit rouge-gorge a pris l’habitude de revenir dans le jardin et que le monsieur a pris de plus en plus de plaisir à le voir. Il arrive même à s’imaginer que c’est à lui qu’il vient rendre visite. Même que, parfois, le petit oiseau est accompagné d’un autre ; c’est peut-être sa petite copine. Il lui donne le nom de rouge-gorgette. Du coup, le monsieur se dit : je vais l’aider à trouver sa nourriture, je vais lui donner  les miettes de pain qui restent sur la table après mon petit-déjeuner. Je veux lui montrer ainsi que je l’aime.

Malheureusement, chaque fois que le monsieur veut s’approcher de lui, pour lui offrir son cadeau, eh bien, le petit rouge-gorge prend peur et s’enfuit. Mais pourquoi donc se demande le monsieur ? Je ne lui veux pourtant aucun mal, au contraire, je veux lui faire plaisir, le faire grandir et même devenir son ami. Je pourrais alors lui apprendre des tas de choses et il deviendrait le plus beau et le plus intelligent de tous les oiseaux de la région.

Mais il n’en veut pas. Je ne comprends pas, se dit-il. Alors, il pense que c’est peut-être à cause de quelque chose de pas gentil qui s’est passé il y a très longtemps dans la vie des premiers rouges-gorges. Quelque chose qui s’est détraqué dans leur cœur. Jusqu’alors ils vivaient en paix. Ils n’avaient peur de personne. C’était une vraie belle vie de rouge-gorge.

Depuis, ils ont peur, ils sont devenus terriblement craintifs. Ils se sont repliés sur eux-mêmes, et voilà pourquoi celui-ci n’est pas capable de comprendre que le monsieur ne lui veut aucun mal, au contraire, qu’il l’aime.

Le pire, c’est que, non seulement il ne peut pas comprendre, mais surtout il ne veut pas comprendre, il doit penser que c’est trop risqué d’aborder cette question.

Et voilà pourquoi le monsieur est triste, très triste, parce qu’il aime beaucoup son petit copain mais que son petit copain ne veut pas de lui.  Alors il se dit : « Eh bien, si c’est comme ça, tant pis pour moi, mais je vais continuer à l’aimer, gratuitement, sans avoir de retour de sa part. Je vais continuer à déposer mes miettes de pain là où il a l’habitude de venir ; ainsi, quand il viendra, il trouvera plein de bonnes choses pour lui, ça lui fera beaucoup de bien et il sera heureux. Il ne saura pas que c’est moi qui lui fais tous ces cadeaux, mais pour moi, le principal, c’est qu’il soit heureux. »

Il est sacrément gentil ce monsieur, n’est-ce pas ? Tu as aimé cette belle histoire ? J’en suis content.

Eh bien, vois-tu, il y a quelqu’un qui aimait beaucoup raconter des histoires un peu comme celle-là aux gens de son pays afin de les aider à comprendre les choses importantes qu’il leur disait. Cet homme c’était Jésus, et les histoires qu’il racontait, on les appelle des paraboles.

Tu vois, en te racontant cette histoire je n’ai fait qu’imiter Jésus. Nous allons la reprendre comme aurait fait Jésus avec ses amis, afin de les aider à comprendre le sens profond de son message.

Tout d’abord, combien y a-t-il de personnages ? Deux, si on ne compte pas rouge-gorgette.

Qui représentent-ils ? Le rouge-gorge, c’est toi, c’est moi, c’est chacun de nous. Et le monsieur, c’est qui ? Eh bien, c’est le bon Dieu.

Le rouge-gorge vit comme il sait vivre, comme ses parents le lui ont appris, selon ce qu’il a dans ses gênes. Il ne sait pas pourquoi il a peur du monsieur, « C’est comme ça parce que ça a toujours été comme ça ». Il ne peut même pas imaginer que le monsieur ne lui veut aucun mal, bien au contraire. Ça le dépasse qu’il puisse l’aimer !

Il y a quelque chose qui s’est détraqué il y a bien longtemps dans l’histoire des rouges-gorges comme dans celle des hommes. Depuis, les uns comme les autres vivent dans la méfiance, dans la crainte, dans la méconnaissance. Et c’est cela qui génère les bagarres et même les guerres.

Alors, quoi faire ? Comment détruire ce mur de peur qui nous sépare les uns des autres alors que nous devrions vivre heureux, tous ensemble ? Dans mon histoire, je ne sais pas répondre à cette question, mais dans celle qui raconte la vie des hommes entre eux et avec Dieu, je sais qu’il y a une réponse. Je le sais parce qu’elle nous a été donnée.

Par chance pour nous, il existe une immense différence entre le monsieur et le bon Dieu. Le monsieur est incapable de rentrer en relation avec le rouge-gorge, par exemple en lui parlant afin de lui expliquer. Par contre, cela est possible entre Dieu et les hommes. Il nous parle constamment, par des moyens parfois surprenants, c’est à nous d’y être attentifs. Et en plus, il a fait quelque chose d’exceptionnel, d’incroyable : il s’est fait comme nous dans la personne de Jésus. C’est Jésus qui est venu nous dire qui est Dieu et qu’il nous aime beaucoup.

Merci Jésus.

PROLOGUE

À toi, mon ami(e) lecteur(trice),

Je m’adresse directement à toi qui es sur le point de te lancer dans la lecture du présent livre. Si je me permets de t’appeler « mon ami(e) », avec tout le sens que j’attache à ce mot, c’est parce que je vais te partager bien des choses très personnelles.

Pourquoi me suis-je lancé dans cet énorme travail que nécessite la rédaction d’un livre ? Il y a quelques années, je me suis déjà posé cette question quand j’ai démarré l’écriture de ce que désormais j’appelle pompeusement « mon premier livre ». A ce moment-là, je ne savais pas que cela prendrait plus de trois ans et que j’y consacrerais plusieurs milliers d’heures de ma vie. Lorsque le livre est sorti, en auto-édition, sous le titre « Viens, et Vois », j’ai été profondément heureux d’avoir atteint mon but. Mais, simultanément, je m’étais dit qu’il y avait très peu de chances pour que je renouvelle une telle expérience parce que trop énergivore et trop chronophage. J’avais été appelé à faire ce travail, j’y avais répondu. Cela suffisait.

Mais cette quasi décision n’était que le fruit d’un raisonnement logique. J’oubliais de prendre en compte la réalité de mon vécu récent et tout le chamboulement intérieur de ces dernières années.

Ce livre, « Viens, et Vois », a vu le jour quelques années après m’être lancé dans une expérience inouïe : le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Retraité, âgé de 67 ans, j’avais un jour de printemps 2009 pris le train, poussé par une force intérieure, en direction du Puy-en-Velay, avec pour objectif de partir de cet endroit pour aller à pied à Compostelle. Un coup de folie douce ? Peut-être pour certains, pas pour moi. Plus que poussé, j’étais en fait attiré, aspiré par une force irrésistible. Je m’y étais préparé physiquement mais cela allait-il suffire ? Je n’avais pas un passé de grand marcheur mais j’avais fait toute ma vie ce qu’on appelle aujourd’hui du running, du cross pour les plus anciens.

Au Puy-en-Velay, j’ai bien vu un panneau indiquant une distance, c’était un nombre à quatre chiffres suivi de « km », mais je n’y ai pas bien fait attention. Après tout, quand on aime on ne compte pas ! Ce n’est qu’une fois  arrivé au but, 53 jours plus tard, que mes pieds se sont chargés de me rappeler ce nombre : au total, un peu plus de 1 600 km !

Dès mon retour de cette longue marche, j’avais raconté les principaux événements que je venais de vivre à mon accompagnateur spirituel qui m’avait dit « Louis, tu devrais écrire ce qui s’est passé, cela pourrait faire du bien à quelqu’un« .

J’ai pris au sérieux cette suggestion et me suis mis au travail. Je m’y suis littéralement « éclaté ». Ce que je craignais être un pensum est devenu rapidement un réel plaisir, certes fatiguant, parfois exténuant, mais c’était bon, je me régalais. C’est à ce moment que j’ai compris le sens de l’expression :« On n’a réellement fait un pèlerinage que lorsqu’on l’a fait trois fois : la première, quand on l’a préparé ; la seconde quand on l’a fait ; la troisième quand on a écrit ce qu’il nous reste d’essentiel dans le cœur. » Quel bonheur de revivre tout cela dans ma tête et dans mon cœur, calmement, sereinement, sans contrainte de temps, sans fatigue ; tout ce qui a été bon mais aussi ce qui a été difficile car tout participe positivement à la belle construction de l’édifice qui en reste.

J’ai alors découvert, parmi beaucoup d’autres choses, que cette équipée que je venais de vivre n’était pas un fait isolé dans ma vie. Sont alors remontées à ma mémoire deux autres de mes grandes équipées, l’une à Jérusalem et l’autre à Tamanrasset. J’observais qu’il y avait déjà en moi quelque chose du type « Pèlerin au long cours », celui qui marche loin et longtemps.

Tiens, ma tête et mon cœur auraient donc quelque chose à voir avec mes pieds ?

Je me suis alors dit que le top du top des pèlerinages serait, pour moi, d’aller à pied de Versailles, où j’habite, jusqu’à Jérusalem ! Bien des pèlerins l’ont déjà fait au cours de ces derniers siècles. Cela ne représenterait jamais qu’un peu plus du double de ce que je venais de faire…  Mais la raison m’a ramené rapidement à la réalité. Les Printemps arabes qui se développaient dans plusieurs pays susceptibles d’être traversés rendaient le projet trop dangereux.

Mais l’attraction de Jérusalem n’a pas faibli en moi. J’y suis allé en 2017, en version « soft », avec un groupe « classique » de pèlerins dont faisait partie ma chère épouse. Mais cela ne me suffisait pas ; j’ai « oublié » de rentrer en France avec elle. J’ai joué sur place les prolongations pendant quinze jours pour retourner sur les lieux qui m’avaient attiré le plus. Ce fut une expérience tellement intense que cela m’a repris en 2019. Cette fois-ci, j’y suis allé, en solo, pendant un mois plein, afin d’être libre de mes mouvements et de mon temps pour réfléchir, prier et méditer à partir de ce qui se passerait en moi, sur le terrain. Ce fut à la grâce de Dieu, et ce fut formidable.

L’avant-dernier jour de mon périple, j’étais à Jérusalem, mort de fatigue, J’avais donné tout ce que j’avais en moi ; c’est alors que j’ai entendu au fond de moi une petite voix qui m’a dit quelque chose comme : « Vas-tu garder pour toi tout ce que tu viens de vivre ou accepterais-tu de le partager, une nouvelle fois ?  » Ma première réponse n’a été qu’une esquive. J’ai fait celui qui n’avait pas entendu, pas bien compris. J’étais épuisé et je savais pertinemment à quoi m’engagerait une réponse positive ; et je n’y tenais vraiment pas. Mais voilà, après quelques jours de repos, la question est revenue, et là je n’ai pas pu répondre autre chose que oui. J’ai dit : « Jésus, toi avec qui je viens de « crapahuter » un peu partout dans ton pays pour mieux te connaître, vais-je garder pour moi tous les cadeaux que tu m’as faits ? Non, c’est impossible. » Je crois qu’en guise d’accusé de réception Il m’a juste adressé un grand sourire…

Voici donc le résultat de cette petite conversation « mezza voce » comme disent les musiciens. Je te propose de partir ensemble pour une grande ballade au cours de laquelle nous irons à la recherche de cette personne si réputée et en même temps si mal connue qu’est Jésus, le Nazaréen.

Je dis « si réputé » car, depuis deux mille ans, combien de choses a-t-on pu dire et écrire sur lui ! C’est certainement une bonne chose. Mais est-il suffisant de s’arrêter à une certaine connaissance intellectuelle ? Je ne le crois pas.  Aussi, je te propose d’aller dans le pays où il a vécu afin de nous y immerger avec le secret espoir que cela provoquera en chacun de nous un petit « quelque chose » indicible mais qui aura pour effet de nous rapprocher un tout petit peu de lui. J’ai bien dit quelque chose parce qu’il est strictement impossible de dire ce que cela pourra être. Une simple parole ? ou un fait anodin ? une rencontre ? une lecture ? un silence ? une intuition qui remonte dont on ne sait d’où ? Il ne faut surtout pas espérer un gros choc ou une lumière soudaine et aveuglante, mais quelque chose comme un déclic à peine perceptible, une petite lumière intérieure, une petite voix très discrète qui aura pour effet d’initier une mise en mouvement, ou la reprise d’une réflexion trop tôt abandonnée, ou… Dieu connait chacun d’entre nous bien mieux que nous-même. Il saura très bien comment te parler, te conseiller. En fait, il suffit que tu te mettes en position d’écoute. C’est tout, rien d’autre. Cela te parait bizarre ? Un peu simpliste ? Non, pas du tout. Nous en reparlerons.

Ce que je te propose, c’est presque de jouer la provocation avec le Seigneur. Eh oui ! Pourquoi pas si cela est fait honnêtement, car, en réalité, c’est sans aucun doute lui qui attend le plus ce tout petit mouvement de notre part. C’est lui qui « meurt d’envie » de nous voir faire ce mouvement pour aller à sa rencontre en vérité mais il ne peut absolument pas le provoquer parce qu’il respecte totalement notre liberté. Alors, il attend, et il attend. Pendant combien de temps ? personne ne le sait si ce n’est qu’il attend toujours le temps qu’il faut. Il n’est pas pressé, il a devant lui toute l’éternité. Mais quel bonheur pour lui quand il voit quelqu’un commencer à se bouger !

Alors, bougeons-nous ! Je dis bien bougeons-nous parce que l’on a jamais fini de le faire tant le chemin se révèle passionnant, au fur et à mesure que l’on avance.

Ce que je te souhaite, c’est de te mettre en marche, de te lancer en toute confiance dans une expérience qui ne t’obligera pas à aller bien loin en termes de distance. L’objectif n’est jamais que d’aller au fond, au tréfonds de toi, là où tu es le plus profondément toi-même et là où tu courras le risque de rencontrer en vérité celui que nous cherchons tous, sans le savoir bien souvent.

Cette histoire ne sera qu’un « One man show » ou un « One woman show ».  C’est toi qui joueras tous les rôles, alternativement. Le pays où nous allons aller ne sera que le décor et la mise en scène. Pour ma part je ne serai qu’un figurant, qu’un accompagnateur ou un témoin qui, par sa seule présence, pourra te dire sans avoir à parler : « Continue, continue, c’est vrai ce que tu es en train de vivre, ce n’est pas du rêve, ce n’est pas du virtuel. C’est profondément vrai. » Oui, c’est une expérience que je souhaite te voir vivre, à ta façon.

Mon apport ici est bien limité. Ce n’est qu’un témoignage qui, en tant que tel, n’a de réelle valeur que pour moi. Il n’existe que pour une seule raison, qu’il t’amène à te dire : « S’il a pu en être ainsi pour L(o)ui(s), peut-être peut-il en être de même pour moi ; sous quelle forme ? je ne sais pas, c’est à moi d’y aller pour le savoir ».

« Y aller pour le savoir », physiquement, concrètement. Mais où dois-je aller ? Tout dépend, bien entendu, de celui ou de celle que tu es, mon ami(e).

Il se peut que tu sois un de ces enfants qui vont au catéchisme et qui, au fil des séances, se posent des questions sur la personnalité de Jésus. Qui est-il ? Comment vivait-il ? A quoi ressemble tel ou tel endroit dont il parle ?.. C’est pour toi que j’ai mis tant de photos.

Il se peut que tu sois le père ou la mère d’un de ces enfants qui t’abreuvent, les soirs de catéchisme, de leurs questions auxquelles tu souhaites pouvoir répondre et qui, en même temps, te « secouent » sur tes fondements personnels !

Tu es peut être, tout simplement, un de ces adultes dont le temps du catéchisme devient de plus en plus lointain et parfois son contenu de plus en plus flou… Ou peut-être n’as-tu jamais rien entendu sur la personne exceptionnelle de Jésus mais tu réfléchis sur le sens de ta vie et tu cherches. Tu cherches sans trop savoir quoi ou qui.

Et finalement, tout simplement, pourquoi ne pas faire plaisir à toutes les personnes qui auraient tant aimé aller visiter le pays de Jésus mais qui ne le peuvent pas faute de moyens financiers, ou à cause d’une santé défaillante, ou… C’est la raison pour laquelle j’ai mis tant de photos que j’ai voulu belles parce que le sujet est beau.

Voilà, ami(e) lecteur(trice), ce que j’ai sur le cœur au moment de partir avec toi pour ce qui sera, je le souhaite, une belle  Aventure. Nul ne peut savoir à l’avance où elle te mènera, mais vas-y avec confiance. N’aie pas peur.

Dans ton sac à dos, je te suggère de trouver une toute petite place pour les quatre textes qui suivent car je trouve qu’ils présentent d’une excellente façon le vécu et les sentiments du pèlerin pendant ses longues heures de marche.

Partir. Quand on a décidé de partir à la recherche de Dieu, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne de Dieu est à peine visible dans le lointain… À l’aube, il faut partir. Il faut dire adieu. La séparation, finalement, n’est pas dans l’éloignement mais dans le détachement. Oui, quand tu veux prier, il faut ouvrir ta maison et dénouer ton âme à Dieu. Chaque genre de vie demande un détachement. Il faut que se détache d’elle-même et se dénoue l’âme des époux, l’âme des fiancés. Autrement il n’y a pas d’amour possible, mais un égoïsme cherché dans l’autre. À l’extrême pointe de l’amour se trouve l’amour de Dieu, don total et réciproque de l’un à l’autre. Mais pour l’homme, Dieu est l’Autre, l’autre qui finalement se révélera, dans l’amour, comme l’être de notre être. Il est la voie, la vérité et la vie. Lui seul d’ailleurs a parcouru le chemin dans les deux sens. Il faut mettre notre main dans la sienne et partir.

Yves Raguin
Jésuite et Sinologue

Marcher, c’est aller au bout de soi-même tout en allant au bout du monde. C’est redécouvrir l’homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait dessus. C’est geler en même temps que les pierres du chemin. Griller au feu du soleil. Partir à l’aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit. Marcher, c’est rencontrer des créatures qu’on ne verrait nulle part ailleurs. Marcher, c’est aussi aller nulle part sans rencontrer personne. C’est se mettre en vacances de l’existence. C’est exister en dehors des vacances. Marcher, c’est réussir à dépasser son ombre. C’est pouvoir se doubler soi-même en s’envoyant un joli salut au passage. Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ?

Du livre « Fou de la marche »
de Jacques Lanzmann
Éditions Robert Lafont

L’idée que le sacré n’est pas absolument immatériel et qu’il existe une géographie du pouvoir spirituel est l’hypothèse au départ du pèlerinage. Tout pèlerinage trace une invisible démarcation entre spiritualité et matérialité, attaché qu’il est à une histoire factuelle et au cadre dans lequel elle s’est déroulée. S’il s’agit bien d’une quête de spiritualité, elle s’appuie sur des détails très concrets : on se rend sur les lieux de la mort de Bouddha ou de la naissance du Christ, ceux où sont conservées les reliques, où jaillit l’eau miraculeuse. Peut-être aussi l’entreprise vise-t-elle à réconcilier le spirituel et le matériel, car partir en pèlerinage revient à exprimer les désirs et les croyances de l’âme au moyen du corps et de ses mouvements. Le pèlerinage, en effet, unit la foi et l’action, la pensée au faire, et l’on comprend que cette harmonie se réalise quand le sacré est investi d’une présence physique et associé à un lieu déterminé… Le voyage sans point de destination aurait quelque chose d’aussi inachevé que l’arrivée non précédée d’un voyage. Le pèlerinage est un déplacement physique effectué pas à pas, au prix de rudes efforts, vers ces buts spirituels intangibles si durs à atteindre autrement… L’image du marcheur qui progresse au long de la route difficile le menant vers quelque lieu lointain compte parmi les représentations les plus convaincantes et les plus universelles de l’être humain : individu solitaire et minuscule en regard de l’immensité du monde, le marcheur ne peut compter que sur sa force et sur sa volonté. Le voyage du pèlerinage est soutenu par l’espoir radieux des bienfaits spirituels qui récompenseront l’arrivée à destination. Chemin faisant, le pèlerin accomplit sa propre histoire, et par là aussi il devient partie intégrante d’une réalité religieuse où l’histoire du voyage est celle d’une transformation…

De « Lart de marcher« 
Rebecca Solnit
Éditions Actes Sud, 2002

 Je partirai avant le jour

Pour la sainte montagne,

Sur la Parole du Seigneur…

Je marcherai en sa présence

Au pas de sa lumière.

Je goûterai dans le désert

Le silence où résonne

Chaque parole du Seigneur…

Je veux offrir à son attente

Le fruit secret de la confiance.

Je puiserai en plein midi

Mon courage et ma force

Dans la parole du Seigneur…

Je garderai l’écoute ardente

Jusqu’à la source des eaux vives.

Quarante jours, quarante nuits

Avant l’aube de Pâques

Où la Parole s’accomplit !

Déjà s’élève dans l’Église

L’action de grâce pour l’Alliance.

Sœur Marie-Emmanuel
Hymne Commission Francophone Cistercienne

NB. J’ai pensé que tu pourrais souhaiter retrouver facilement les textes complets de certaines des nombreuses citations qui sont contenues dans ce livre. Beaucoup d’entre elles sont issues de la Bible, que ce soit de l’Ancien ou du Nouveau Testament.

Il existe une codification officielle que je présente à la fin du livre. Par exemple (1S 16, 1-13) signifie : Premier livre de Samuel, au chapitre 16 , versets 1 à 13.

Je ne peux que te recommander de les reprendre et de les resituer dans l’environnement de leur écriture.