Marcher avec toi, Jésus de Nazareth ?

Epilogue

EPILOGUE

Mon Ami(e), nous voici arrivés au terme de notre longue marche en Terre Sainte. Pour moi, c’est un peu comme si nous étions en train de poser notre sac à dos au sol, au retour du pélé, à la maison. Le moment est venu de se reposer et de faire une « relecture » de ce qui s’est passé. Je te propose que nous nous posions, chacun de notre côté, quelques questions du type : par quoi ai-je été le plus marqué ? que puis-je en tirer de constructif pour la suite de ma vie ? en suis-je satisfait, heureux ?

Pour ma part, je ressens, à la fin de la rédaction de ce livre, le même bonheur intense qui me remplissait à l’issue de mon long pèlerinage en solitaire au pays de Jésus en juin 2019. J’étais épuisé, exténué, vidé car je m’étais donné à fond mais, en même temps, j’étais rempli d’un immense bonheur. Le bonheur de celui qui a tout donné pour chercher et qui a trouvé. Même mon corps le confirmait, physiquement. 

J’ai beaucoup voyagé à l’étranger pendant ma vie professionnelle. C’était souvent des missions de deux à trois semaines. Là aussi je me suis donné à fond car j’adorais les différents métiers que j’ai eus. Cela me plaisait et je me donnais sans compter. Il en était ainsi jusqu’à ce que j’arrive à deux ou trois jours de la date prévisionnelle de mon retour en France. Et là, c’est vraiment amusant, je sentais monter en moi une envie irrépressible de rentrer à la maison. Le compte était bon, il fallait que je rentre au bercail. Le plus étonnant, c’est qu’il en était de même lors de mes vacances. Tout avait bien marché, j’étais heureux, mais il fallait absolument que cela s’arrête, que je rentre à la maison, quitte à repartir huit jours après. 

Donc, trois jours avant mon retour programmé, je suis à Jérusalem chez mes fameuses FMM, prononcer Feu Meu Meu, Franciscaines Missionnaires de Marie à la Porte de Damas. C’est là qu’en 1971 j’ai reçu de leur part l’accueil qui a changé le cours de ma vie. Tout d’un coup, je suis pris par le besoin irrépressible de rentrer à la maison un jour plus tôt que prévu car j’étais allé partout où je voulais aller. J’appelle la compagnie aérienne pour modifier mon billet, d’abord à l’aéroport de Tel Aviv, puis à Paris : échec total. Cela me contrarie tellement que je me dis que mon dernier jour de pélé sera vraiment mauvais, excuse-moi pour l’expression, ce sera un jour de m…e !

Arrive ce fameux dernier jour ; je trouve une ballade intéressante à faire sur les remparts qui ceinturent la vieille ville. Des vues formidables. A 11h30 je me trouve sur la partie nord des remparts et tout d’un coup me vient à l’esprit « Tiens, dans une 1/2 heure, ce sera la messe chez les frères dominicains du couvent Saint-Étienne », c’est-à-dire à l’École Biblique de Jérusalem. Je ne réfléchis pas, ma décision est immédiate, spontanée : j’y vais. En chemin, je me dis qu’au moins j’aurai fait quelque chose de bien pendant cette journée perdue. 

« Vous avez dit perdue ? Ah bon, voyons ! « 

Depuis que je suis à Jérusalem, j’ai pu assister à la messe tous les jours, soit au Saint-Sépulcre, soit dans ce couvent ; c’est presque comme si j’y avais mes habitudes, par exemple « ma place », dans les stalles, juste derrière les frères dominicains. Quel bonheur quand je les vois arriver en procession dans l’église et que je découvre que le célébrant de ce jour n’est autre que Christian, mon récent ami dominicain. Premier choc, léger mais cependant perceptible. 

L’office commence, arrive la lecture traditionnelle des textes. Le premier est tiré de l’Ancien Testament, il est suivi d’un Psaume, puis vient celui provenant du Nouveau Testament. Il se trouve que le premier vient du prophète Ézéchiel qui a dit, de la part de Dieu, « Je retirerai votre cœur de pierre et je le remplacerai par un cœur de chair… » Un nouvelle secousse interne, plus forte que la première. C’est un des textes que Monique et moi avions choisi pour notre messe de mariage, il y a quarante-cinq ans.

Pour la communion, je suis le tout dernier à me présenter devant le prêtre parce que j’ai un chemin à parcourir plus long que celui des autres participants Et là, eh bien là, je suis soudain complètement envahi par une énorme émotion, absolument ingérable. Je me mets à pleurer devant l’hostie qui m’est présentée par Christian. Je la vois de plus en plus difficilement à travers mes larmes, et ma tête vient s’écrouler sur son épaule droite. Monte alors en moi une action de grâce qui tourne en boucle dans mon cœur car ma tête est hors service, elle est simplifiée à l’extrême : « Merci mon Dieu… Merci mon Dieu… » Je rejoins ma place au radar et là encore il n’y a que des « Merci mon Dieu » qui peuvent sortir…

Qui donc a dit que ce n’est que dans la mesure où nous faisons le vide en nous que Dieu a la possibilité d’y venir pour faire ce qui est bon pour nous ?

Je ne connais pas la réponse, mais j’en ai fait l’expérience.

J’ai cherché, dans le présent livre, à te partager mon cheminement personnel sur le terrain, là-bas en Terre Sainte, à Jérusalem, en Israël comme en Palestine, intensément habité par toute l’expérience de mes 78 années de vie, c’est-à-dire d’apprentissage continu de la vie en présence de Dieu, et tout spécialement de Jésus-Christ. Je n’ai pas la prétention de détenir la Vérité. Ce que je t’ai apporté, c’est autant de la matière brute issue d’expériences imprévues que le résultat de longues réflexions et méditations. 

Ce n’est qu’un témoignage : il vaut ce que vaut la parole d’un seul témoin. Tu as certainement compris que ce n’est pas une théorie bien léchée que j’ai voulu te transmettre en te demandant instamment d’y adhérer sous prétexte que « compte tenu de ma longue expérience je suis très certainement le meilleur pour te dire ce qui est bon pour toi ». Certainement pas ! Ce serait bien trop stupide car, d’une part, je sais que cela ne marcherait pas et que, d’autre part, il me reste encore à parcourir un sacré bout de chemin, mais j’y crois et j’ai confiance. J’y vais. 

D’ailleurs, c’est peut-être toi que j’aperçois, là-bas au loin, me précédant sur le chemin. Nous sommes tous fondamentalement les mêmes, nous allons tous, consciemment ou pas, vers cette lumière qui brille là-bas, là-haut, au delà de l’horizon. C’est elle qui nous attire, c’est elle qui nous aspire.

Dans mon premier livre, « Viens, et vois », je m’interrogeais sur la question suivante : « À quoi pourrais-je comparer un pèlerinage de longue durée ?  » Ma réponse avait été : la vie. Aujourd’hui, dix ans plus tard, je confirme ma réponse, mais en renversant la proposition. « À quoi pourrais-je comparer une vie ?  » Ma réponse est simple : à un long pèlerinage. Oui, c’est un long chemin, sur lequel nous sommes tous pérégrinant. Certains viennent de naître, il n’en sont donc qu’au tout début, au point de départ. D’autres, au contraire, touchent au but, ils en sont pratiquement au point d’arrivée. Vont-ils disparaître sans laisser de trace, définitivement ? Non, je ne le crois pas. Ils vont changer de forme de vie. Les autres, le plus grand nombre, sont disséminés tout au long du chemin. Certains sont plutôt proches du point de départ car ils sont jeunes, ils ont de l’énergie à revendre, ils avancent vite. D’autres sont déjà nettement plus loin, commencent à sentir la fatigue qui s’accumule jour après jour. Ils ont dû réduire leur vitesse mais sont tout aussi heureux que précédemment, sinon plus, car ils se sont progressivement enrichis des nombreux fruits des expériences et des rencontres vécues sur le terrain. Certains sont sur un terrain plat qui facilite leur progression, d’autres au contraire marchent sur de la caillasse, ou dans de la boue provoquée par des orages, d’autres encore grimpent à flanc de colline ou de montagne, d’autres font l’inverse, ils descendent. Et ceux qui sont dans le désert ? ou dans une impasse ? ou passant un gué ?

Il y a aussi ceux qui sont arrêtés sur le bord du chemin pour récupérer, pour soigner des ampoules, pour refaire leurs forces en mangeant ou en dormant, pour donner un coup de main à quelqu’un d’autre qui peine, pour s’émerveiller devant un paysage ou une construction magnifique, pour admirer un splendide lever ou coucher de soleil, pour mieux communiquer avec sa famille restée à la maison…

J’arrête mon énumération parce qu’elle pourrait être très longue, englobant toutes les choses de la vie de tous les jours.

En fait, nous sommes tous semblables. Nous avons tous au fond du cœur les mêmes aspirations, les mêmes désirs, les mêmes besoins, les mêmes recherches, mais sommes localisés en des points différents de la route. 

Je pense que tu as compris que, pour moi, il existe un autre domaine de similitude entre la vie et le pèlerinage. C’est celui de la spiritualité. Elle peut être présente dans les deux cas, ou absente. Elle peut aussi être présente dans l’un et absente dans l’autre, et  inversement. Dans mon cas, j’ai eu la chance qu’elle le soit dans les deux. 

Chaque fois que je suis parti en pèlerinage, ce fut sur appel. J’ai mis du temps à comprendre d’où, ou plutôt de qui, provenait cet appel. Ce n’est pas évident, tout au moins au début. Ma foi en Dieu a été dans mon cas un moteur important, essentiel. Je peux même dire que si je n’avais pas été croyant je n’aurais jamais rien fait dans ce domaine. En fait, cette foi a fortement coloré ma vie tout entière, y compris sur le plan professionnel. Elle a tout impacté. Cela est peut être difficile à percevoir de l’extérieur, j’en conviens. Certes, elle est un don de Dieu, donc immatérielle, échappant à toute concrétisation, mais il doit être accompagné d’un mouvement d’acceptation, sinon il demeure stérile. Cela ne cadre pas bien avec la façon générale actuelle de voir la vie qui se veut pragmatique, concrète, sous l’emprise exclusive de la raison, scientiste. Moi, l’ingénieur, je dis que cela ne suffit pas, que le compte n’y est pas. J’ai besoin de bien autre chose.

J’adhère totalement au contenu du poème suivant, je l’ai fait mien depuis une bonne cinquantaine d’années.  C’est vraiment de moi dont parle le poète et, peut-être, de toi ?

DES PAS SUR LE SABLE

Une nuit, j’ai eu un songe.

J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en compagnie du Seigneur.

Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres, toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque scène de ma vie, il y avait deux paires de traces sur le sable : l’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur.

Ainsi nous continuions à marcher, jusqu’à ce que tous les jours de ma vie aient défilé devant moi.

Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière. J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie,les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur et aussi de plus grande douleur.

Je l’ai donc interrogé : « Seigneur… tu m’as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie et j’ai accepté de vivre avec Toi. Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie, il n’y avait qu’une seule trace de pas. Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. »

Et le Seigneur répondit : « Mon fils, tu m’es tellement précieux ! Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une seule minute !

Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable, ces jours d’épreuves et de souffrances, eh bien : c’était moi qui te portais. » 

 

Ademar De Barros, poète brésilien

 

Tout au long des pages de ce livre, je t’ai proposé de nombreux textes que, nous chrétiens, nous recevons comme Parole de Dieu. Permets-moi de t’en offrir deux autres, écrits il y a environ 3 000 ans. J’ai l’impression qu’ils l’ont été de nos jours.

Souviens-toi de tout le chemin par lequel Yahvé, ton Dieu, t’a fait marcher pendant ces quarante années dans le désert, afin de te faire connaître ta pauvreté, et de t’éprouver, pour connaître les sentiments de ton cœur, si tu garderas ou non ses commandements. Il t’a fait connaître la pauvreté, il t’a fait avoir faim, et il t’a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. (Dt 8, 2-3)

On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bon, et ce que Yahvé demande de toi : c’est de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde, et de marcher humblement avec ton Dieu. (Mi 6, 8 ) 

Mon Ami(e), je tiens à te remercier de m’avoir donné l’occasion, ou le motif, d’écrire ce livre parce que, pour le faire sérieusement, j’ai dû fouiller dans mes souvenirs, les classer, en vérifier la qualité puis enfin évaluer leur impact sur ma vie. C’est un gros travail mais qui est passionnant. En parallèle, j’ai pu à cette occasion « retoucher du doigt » le sens profond d’un certain nombre de  textes qui ont, au fil des années, contribué à la structuration de ma personnalité, et cela m’a fait grand bien.  

En voici encore un que j’aime beaucoup. Il s’agit de Moïse qui s’adresse aux Hébreux à la fin de leurs quarante années de traversée du désert, juste avant qu’ils entrent, enfin mais sans lui, dans la Terre Promise. Quand je le lis, il m’arrive de penser au cosmonaute soviétique Youri GAGARINE, à l’issue de son premier vol dans l’espace, à qui des journalistes ont posé la question suivante : « On dit que Dieu est dans le ciel. Quand tu étais là-haut, l’as-tu vu ? «  

L’Éternel, ton Dieu, prendra de nouveau plaisir à ton bonheur, comme il prenait plaisir à celui de tes pères, lorsque tu obéiras à sa voix, en observant ses commandements et ses ordres écrits dans ce livre de la loi, lorsque tu reviendras à l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme.

Ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est certainement point au-dessus de tes forces et hors de ta portée. Il n’est pas dans le ciel, pour que tu dises : « Qui montera pour nous au ciel nous le chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ?  » Il n’est pas de l’autre côté de la mer, pour que tu dises : « Qui passera pour nous de l’autre côté de la mer et nous le chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ?  » C’est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique.

Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd’hui d’aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d’observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession.

Mais si ton cœur se détourne, si tu n’obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd’hui que vous périrez, que vous ne vivrez pas de longs  jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain. J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t’attacher à lui : car de cela dépend ta vie. (Dt 30, 9-20)

Pour moi, cette question n’a pas lieu d’être. Et toi, qu’en penses-tu ?

Tous ces textes ont été écrits par des Hébreux et font partie intégrante de la foi, donc de la vie, des Juifs. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’à l’origine ce peuple a été choisi par Dieu pour transmettre sa Parole à toute l’humanité. C’est pour cela qu’on l’a appelé le Peuple Élu.  A nous de savoir écouter, comprendre et intégrer cette Parole à chaque instant de notre vie, chacun à sa façon. 

Au fait, cette Parole, n’est-ce pas Quelqu’un ?

Dieu n’attend qu’une seule chose de nous, que nous lui ouvrions la porte de notre cœur, c’est tout, mais quel enjeu ! C’est ni plus, ni moins, l’enjeu de notre existence.

Facile à dire pourras-tu me dire. C’est vrai ; mais il faut oser le tenter, c’est-à-dire avoir confiance en Celui qui nous tend les bras, comme un Père. N’est-ce pas son Fils, donc notre frère, Jésus qui a dit il y a deux mille ans. »N’ayez pas peur », recommandation reprise par le pape Jean-Paul II, il y a une vingtaine d’années ? C’est encore lui qui nous a dit explicitement, par l’intermédiaire de Saint Jean dans son Apocalypse

Voici, je me tiens à la porte et je frappe.
Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte,
j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.

(Ap 3 : 20)

Alors, Jésus, mon frère et mon Dieu, qui donc es-tu ? qui es-tu vraiment ? Tu sais que je porte en moi cette question depuis très longtemps.  Elle est mienne cette prière, de J.P. Lécot, qui ne cesse de m’interpeller :

   Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi, fils de la terre ?

    Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable ?

    Qui donc est Dieu pour se lier d’amour à part égale ?

    Qui donc est Dieu, s’il faut pour le trouver un cœur de pauvre ?

    Qui donc est Dieu, s’il vient à nos côtés prendre nos routes ?

    Qui donc est Dieu qui vient sans perdre cœur à notre table ?

    Qui donc est Dieu que nul ne peut aimer s’il n’aime l’homme ?

    Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme ?

Elle m’a constamment accompagné lors de mes longues marches de pèlerin. Tu étais avec moi lorsque je suis parti en touriste en Israël en 1971 et que tu m’as fait revenir en pèlerin. Tu étais encore là lorsque je crapahutais dans le désert du côté de Tamanrasset. Tu as été constamment là sur les 1 600 km de ma marche vers Compostelle. Tu étais encore là quand je peinais sous la pluie en allant de Paris au Mont Saint-Michel et tu étais là lors de mes pèlerinages en Terre Sainte ces dernières années.

Oui, je t’ai beaucoup cherché. Sans doute mal, car j’ai fait comme saint Augustin : 

       Tard je t’ai aimée,

       ô beauté si ancienne et si nouvelle,

       tard je t’ai aimée !

       Mais quoi ? tu étais au dedans de moi,

       et j’étais, moi, en dehors de moi-même.

       c’est au dehors que je te cherchais !

       Je me ruais dans ma laideur,

       sur la grâce de tes créatures.

       Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi…

       Tu m’as appelé,

       et ton cri a forcé ma surdité ;

       Tu as brillé,

       et ton éclat a chassé ma cécité.

Confessions (X. 27)

Oui, j’en aurai mis un sacré bon bout de temps pour ouvrir l’œil de mon cœur ! Il t’en aura fallu de la patience pour laisser évoluer ma tête dure !

Je te cherche, mais que c’est difficile ! Je sais que je n’y arriverai jamais complètement sur cette terre, car tu es un mystère tant tu es grand et beau. Mais cela ne m’empêche pas de te faire confiance, d’avoir foi en toi et en ton Père. 

Jésus
Peinture au couteau de Monique, mon épouse

Je crois en cette parole du prophète Ezéchiel, prononcée il y a près de 3 000 ans :

Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom  que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. (Ez 36, 23-28)

Non seulement je crois en cette parole, mais j’attends avec impatience sa réalisation, sa concrétisation, certes pour tous les israélites auxquels elle a été initialement adressée, mais aussi à l’humanité tout entière.

Et quoi dire pour ce qui me concerne personnellement ! Il s’agit peut-être là de ce que j’attends le plus sur terre.

Jésus, qui donc es-tu ? Je ne le sais pas très bien. Mais je sais que je t’aime. Certes, je t’aime mal, dans mon « humanitude », mais pour moi l’essentiel c’est déjà de t’aimer. Je sais que tu feras pour moi tout ce que je n’arriverai pas à faire. 

Oui, je te fais confiance.

Louis

Christ Pantocrator (Tout Puissant)
Eglise du Saint-Sauveur-in-Chora – Istanbul

Quant à toi, mon Ami(e), je te laisse un dernier message que j’ai moi-même reçu d’un homme particulièrement éclairé. Il est écrit sur sa tombe ; il s’agit du père Florin Callerand, fondateur du Foyer de la Roche d’Or à Besançon :

Continuez, continuez, tout est en avant.

Je suis très heureux d’avoir marché en ta compagnie, et je te dis

 

A  Dieu

et

       Que le Seigneur te bénisse et te garde,

       Qu’il fasse sur toi rayonner son visage.

       Que le Seigneur te découvre sa face,

       Te prenne en grâce et t’apporte la Paix.

Moïse parlant aux Hébreux
(Nb 6, 24-26)