INTRODUCTION

Afin de faciliter un peu la compréhension de ce qui s’est passé pendant cette courte période de la vie de Jésus, je pense qu’il est utile de donner quelques informations préliminaires.

A Jérusalem, l’institution essentielle, centrale, est incontestablement celle du Temple. C’est le point névralgique de la religion juive et de l’organisation  sociale du pays. Tout, dans l’esprit des Juifs, converge vers cette construction dont la première version a été érigée par le roi Salomon vers l’an mille avant notre ère. Ce temple a été complètement détruit par les troupes de Nabuchodonosor en -586 et la ville quasiment rasée et vidée lors de la déportation de ses habitants à Babylone. Ce fut l’Exil.

Le Temple que Jésus a connu est appelé le second Temple. Sa construction a commencé dès le retour des exilés, 70 ans plus tard. Les travaux ont duré vingt ans puis il a été restauré et agrandi sous Hérode 1er, dit Hérode le Grand. C’est sous le règne d’Hérode le Grand qu’est né Jésus et c’est après sa mort que la Sainte Famille a pu quitter l’Égypte et revenir à Nazareth. Jésus a prédit la destruction de ce Temple qui a été effective en l’an 70 quand les légions romaines, commandées par Titus, l’ont de nouveau rasé pour mater la rébellion juive. Il ne reste qu’une petite partie du mur d’enceinte, au sud la trace des portes, au sud-est le pinacle et au sud-ouest, le mur occidental ou « Mur des Lamentations ».

Le Mur des Lamentations

LE TEMPLE DE JERUSALEM

Le Temple était le cœur et l’âme non seulement de la ville mais de tout le peuple juif suite à la centralisation politique et religieuse. C’était l’unique endroit pour offrir un culte à Yahweh, le Très-Haut, le Dieu Créateur. Il était le lieu de la rencontre avec Dieu par la prière et par les sacrifices. C’était le symbole de la présence du Seigneur toujours prêt à protéger et à écouter les demandes de ceux et celles qui se tournaient vers Lui. 

Lors de l’Exode du peuple hébreu à travers la péninsule du Sinaï, Dieu donna à Moïse la description de l’Arche d’Alliance qui devait contenir les Tables de la Loi reçues sur la montagne. Lors des arrêts prolongés dans le désert, celle-ci était placée sous une tente appelée Tente de la Rencontre, ou Tabernacle. C’est là que Moïse venait s’entretenir avec Yahweh. C’était l’habitation provisoire de Dieu parmi son peuple.

Après l’entrée des Hébreux dans la Terre Promise, cette tente a continué à jouer ce rôle car la Bible relate la réflexion suivante de David à son sujet :

Le roi habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile !  » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. »

Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? Depuis le jour où j’ai fait monter d’Égypte les fils d’Israël et jusqu’à ce jour, je n’ai jamais habité dans une maison ; j’ai été comme un voyageur, sous la tente qui était ma demeure. Pendant tout le temps où j’étais comme un voyageur parmi tous les fils d’Israël, ai-je demandé à un seul des juges que j’avais institués pasteurs de mon peuple Israël : “Pourquoi ne m’avez-vous pas bâti une maison de cèdre ? ”

Tu diras donc à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur de l’univers : C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre.

Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils l’ont fait autrefois, depuis le jour où j’ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis. Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison.

Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. S’il fait le mal, je le corrigerai avec le bâton, à la manière humaine, je le frapperai comme font les hommes. Mais ma fidélité ne lui sera pas retirée, comme je l’ai retirée à Saül que j’ai écarté de devant toi. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

Toutes ces paroles, toute cette vision, Nathan les rapporta fidèlement à David. (2 S 7, 1-17)

Ce travail d’édification d’une maison pour Dieu fut accompli par Salomon, fils de David, à qui Dieu dit :

Alors le Seigneur apparut à Salomon durant la nuit, et il lui dit : « J’ai entendu ta prière et j’ai choisi pour moi ce lieu comme maison de sacrifices. […] Maintenant mes yeux sont ouverts, et mes oreilles attentives à la prière faite en ce lieu. À présent, j’ai choisi et consacré cette Maison, afin que mon nom y soit à jamais ; mes yeux et mon cœur y seront pour toujours. (2 Ch 7, 12-16)

Si tu as la chance d’aller en Terre Sainte, je te recommande très vivement de dégager un peu de temps pour aller visiter le Musée d’Israël à Jérusalem. Tu y verras des choses superbes dont une maquette de la ville de Jérusalem au premier siècle de notre ère.

Les photos ci-dessous montrent l’énormité des dimensions du Temple hérodien en comparaison avec celles de la ville.

LE MONT DES OLIVIERS

Le Mont des Oliviers est une colline située à l’est de la vieille ville de Jérusalem. C’est certainement, avec le Temple, un des lieux les plus fréquentés par Jésus car il est très facile d’accès et en plus il est situé sur le chemin de Béthanie, où habitaient ses amis Marthe, Marie et Lazare chez qui il a dû résider bien des fois. De plus, par sa configuration et sa végétation, c’était un endroit confortable pour enseigner, s’entretenir avec ses disciples et ses visiteurs, et même se reposer. J’ai le sentiment que Jésus a pu y passer bien des nuits à la belle étoile ou dans des grottes telles que « La Grotte des Enseignements » située près du sommet. Tout cela explique pourquoi tant d’événements rapportés dans les évangiles y ont eu lieu.

Pour les Chrétiens, c’est un lieu hautement symbolique. Personnellement, je le ressens comme étant, avec la Galilée, le symbole, la représentation de Jésus, Fils de Dieu fait homme, dans sa fonction d’éducateur, d’initiateur, par sa parole et sa vie, à la connaissance de Dieu le Père. C’est lui-même qui a dit à l’apôtre Philippe « Qui m’a vu a vu le Père » ; oui, là, en particulier, les disciples ont vu Dieu à l’œuvre. 

En même temps, de l’autre côté de la vallée du Cédron, sur la colline d’en face où s’étend la ville de Jérusalem, ces mêmes disciples, et toute la foule, ont pu assister en direct, dans sa réalité crue, à l’offrande expiatoire faite par Jésus, totalement libre, déterminé, entièrement donné à sa mission : sauver du péché et de la mort tous ceux qui accepteraient de croire en Lui.

Je sais que ce que je dis là est énorme, difficile à croire et encore plus à comprendre. Si l’on aborde seul cette question, on risque fort de faire du sur place. Il nous faut de l’aide, nous appuyer sur d’autres qui, comme nous, sont sur le chemin qui mène à Dieu. Ce chemin a été, est, et sera toujours le même pour tous avec cependant une différence essentielle : nous ne sommes pas tous au même point d’avancement dans notre démarche. Pour moi, c’est l’image du pèlerinage qui convient le mieux, qui est la plus parlante : nous avançons tous, attirés par le même pôle d’attraction, mais nous partons d’endroits, de situations personnelles et de prédispositions intérieures tous différents. Sur cette terre, nous sommes tous des pèlerins, c’est-à-dire des personnes en mouvement. Rien n’est jamais figé, acquis définitivement, plié comme on dit de nos jours. Nous avançons tous, consciemment ou inconsciemment, vers un but qui, semble-t-il, nous dépasse mais qui en même temps est gravé au plus profond de chacun de nous. L’essentiel de ce que j’ai découvert sur le chemin de Compostelle est que, finalement, il est beaucoup plus facile de parcourir à pied, à l’horizontale, 1 600 km d’une traite, que de parcourir verticalement les 50 cm qui séparent la tête du cœur profond !

Je suis intimement persuadé, que seul Jésus, le Christ, est capable de nous apporter cette aide dont nous avons tant besoin. C’est mon expérience personnelle. 

Je te propose maintenant de nous rendre aux différents endroits répertoriés sur la photo ci-dessous, juste après t’avoir dit que le Mont des Oliviers est un lieu important pour les Juifs.  Voici ce qu’en dit la Bible. 

Ses pieds se poseront, ce jour-là, sur le mont des Oliviers qui est en face de Jérusalem, à l’orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest; il deviendra une immense vallée. Une moitié de la montagne reculera vers le nord, et l’autre vers le sud. (Za 14, 4)

Le Mont des Oliviers

LA VALLEE DU CEDRON

Le rivière Cédron coule dans la vallée naturelle de Josaphat à partir d’une source située au pied de la face orientale du Temple. La vallée ainsi creusée sépare le Mont des Oliviers du Mont Sion. Le Cédron finit sa course dans la mer salée appelée Mer Morte, après avoir traversé d’Ouest en Est les monts du désert de Judée. Son eau ne coule pas de façon continue, il est parfois à sec mais il peut déborder en cas de précipitations abondantes en hiver.

Des oliviers dans la vallée du Cédron et le pinacle du Temple

Des oliviers dans la vallée du Cédron et le pinacle du Temple

La Porte Dorée par laquelle Jésus allait dans le Temple

GETHSEMANI

Aujourd’hui, presque un an après avoir pris ces photos, environ six mois après les avoir intégrées dans mon livre, accompagnées du texte que tu viens de lire, il s’est passé quelque chose de très particulier en moi. Totalement nouveau, jamais expérimenté auparavant.

Je méditais sur ce qu’elles me montraient, ce que j’avais ressenti en ces lieux. Et voilà que, tout d’un coup, mon esprit s’envole et je pars dans des interrogations quelque peu éloignées du sujet immédiat, Gethsémani.

La Vallée du Cédron, Gethsémani… des noms connus dans le monde entier. Des lieux qu’on ne manque pas de « visiter » quand on est en Terre Sainte. Mais au fait, que signifie le mot visiter, cela répond à quoi ? de la curiosité ? un besoin ? une recherche ? Je pense que chacun a sa propre réponse et qu’en plus cette réponse est variable en fonction du lieu et du moment. 

D’une part, il y a ce qu’il nous est donné de voir. Dans le cas présent, nous voyons sur notre gauche l’Esplanade des Mosquées, sur notre droite le Mont des Oliviers, et entre les deux la vallée du Cédron et Gethsémani. 

D’autre part, il y a le non-dit de ce moment. Remontent alors dans mon esprit et dans mon cœur des faits, des souvenirs, des informations vieilles pour certaines de plusieurs dizaines d’années. Tout cela était enfoui sous des couches de sédiments ou de gravats parfois très épaisses.

Je me dis, pour la n ième fois que j’ai là, devant moi, le chemin parcouru par Jésus pour aller au Temple en partant de Béthanie, où habitent ses amis Marthe, Marie et Lazare et qui se situe à quelques kilomètres plus à l’Est. 

Je pourrais en rester là, mais cette fois-ci, mon esprit vagabond me transporte dans le jardin de Gethsémani dans lequel j’ai passé un long moment, juste la veille. Ce jour-là il faisait très chaud, mais dans le jardin l’atmosphère était respirable. Jésus a dû, lui aussi, rechercher cette fraîcheur relative pour passer le cap difficile des heures chaudes du début de l’après-midi. Et quel bonheur le soir, « à la fraîche » comme on dit chez nous, de passer des heures à discuter avec ses disciples, et à les enseigner ! Ses disciples, mais aussi les habitants de Jérusalem qui voulaient l’entendre. Il est même très facile d’imaginer que de nombreuses soirées d’été se sont prolongées par de bonnes nuits à la belle étoile. Ceci est d’ailleurs confirmé par Matthieu dans son évangile quand il dit que Jésus, juste avant d’être arrêté, avait prié de longues heures à cet endroit et qu’il avait trouvé ses disciples endormis, incapables de veiller avec lui. C’était donc une habitude bien établie chez ces itinérants qui avaient tout quitté pour suivre Jésus.

Le jardin de Gethsémani

Et là, tout d’un coup, mon vieil ami Nicodème fait irruption sur la scène. 

Pourquoi ? Sans doute parce que je suis en train de penser aux conversations de Jésus, à la nuit tombée et parce que j’aime le passage suivant de l’évangile:

Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. »

Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »

Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? « 

Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »

Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ?  » Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? 

Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. » (Jn 3, 1-13)

De là à imaginer que cette rencontre a eu lieu à Gethsémani, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement ; rien ne me l’interdit, car l’évangéliste ne donne aucune information sur ce point. J’aime voir et entendre cette discussion grave entre deux de mes amis : d’un côté le maître et frère, et de l’autre le « petit vieux » dans lequel je me retrouve totalement.

Je te laisse, mon Ami(e), méditer sur ce texte. 

Tout ceci est de la pure fiction de ma part… pour ce qui concerne la mise en scène… mais… sur le fond ?

BETHANIE

Les évangélistes nous relatent plusieurs faits qui ont eu lieu chez des amis de Jésus.  À ma connaissance, Marthe, Marie et Lazare sont les seules personnes à avoir eu droit à ce qualificatif, à titre personnel. Bien sûr Jésus nous l’a attribué, mais globalement : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis« . À Béthanie, on est dans un domaine de sentiments bien différent, d’une autre dimension.

Eglise de Béthanie. Marthe et Marie avec Jésus

Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut.

Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »

Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. (Lc 10, 38-42)

Un peu plus tard, Jésus s’apprête à aborder un thème majeur de son enseignement : la résurrection des morts. Il faut savoir que cette question faisait l’objet d’un débat animé à l’intérieur du judaïsme. Certains y croyaient depuis quelques centaines d’années et en particulier depuis l’époque de la révolte des Maccabées contre les Grecs, vers -150. C’était le cas des Pharisiens. Par contre, d’autres, comme les Saducéens, y étaient farouchement opposés. Jésus s’exprime très clairement, ce qui n’a pu que lui apporter de nouveaux ennemis à l’intérieur du Sanhédrin ! [le Grand Conseil juif]

Eglise de Béthanie – La résurrection de Lazare

Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »

Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » 

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?  » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.

Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ?  » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »

Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait !  » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? « 

Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »

On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »

Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors !  » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. (Jn 11, 20-45)

CHEZ SIMON LE PHARISIEN

Eglise de Béthanie – Le repas chez Simon le Pharisien

L’endroit où s’est déroulée la scène qui suit n’est pas précisé dans les évangiles. Cela n’a aucune importance ; par contre que Jésus ait été invité par un Pharisien en a beaucoup. En effet, on sait que Jésus s’est affronté à plusieurs reprises à des membres de ce groupe religieux et politique de Juifs fervents. Il leur reprochait leur interprétation trop littérale de la Loi. Il aurait aimé qu’ils soient plus intéressés par l’esprit de celle-ci que par la lettre. Il va parfois jusqu’à les interpeller avec une réelle véhémence verbale, allant jusqu’à les traiter d’hypocrites, de sépulcres blanchis, en présence de témoins. Il leur demande : « L’homme est-il fait pour la Loi  ou la Loi n’est-elle pas faite pour l’homme ? «  Certains d’entre eux sont devenus de féroces ennemis et c’est eux qui, pour partie, réclameront sa mort. Il n’empêche que Jésus avait malgré tout de bonnes relations avec d’autres. Simon en est un. Il cherche honnêtement à comprendre le message de Jésus, il a même organisé un repas en son honneur. C’est à ce moment qu’une « femme pécheresse », identifiée parfois comme étant Marie de Magdala, répand une importante quantité de parfum sur les pieds de Jésus.

Un Pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum. En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. » 

Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. » « Parle, Maître. »

Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ?  » Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. » – « Tu as raison », lui dit Jésus.

Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »

Il dit alors à la femme :  « Tes péchés sont pardonnés. » Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ?  » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! (Lc 7, 36-50)

BETHPHAGE

Eglise de Bethphagé

Le village de Bethphagé, dont le nom signifie « maison des figues pas mûres », se situe sur le versant Est du mont des Oliviers. La distance entre Bethphagé et Jérusalem représentait le maximum de ce qui était permis de parcourir un jour de Sabbat, 2 000 coudées de 0,44 m. C’est de là que Jésus est parti pour son entrée triomphale dans Jérusalem. Cet évènement est célébré par les chrétiens catholiques le dimanche des Rameaux qui précède le dimanche de Pâques. Entre ces deux dimanches se trouve la Semaine Sainte au cours de laquelle on commémore les derniers jours de la vie terrestre de Jésus.

Eglise de Bethphagé

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : “Le Seigneur en a besoin. Et aussitôt il les renverra. »

Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.

Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus.

Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! « 

Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? « 

Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. (Mt 21, 1-11) 

LA VALLEE DE LA GEHENNE

La Géhenne, un mot bien connu par les Chrétiens, car plusieurs fois prononcé par Jésus. Mais de quoi s’agit il ? C’est une des vallées qui cernent la vieille ville. Elle se trouve au sud /sud-ouest des remparts. Elle porte également le nom « Vallée de Hinnom ». 

Pour les Juifs, elle désigne le séjour des réprouvés et symbolise l’enfer. Bien avant Jésus, il y avait là une tribu cananéenne qui offrait des enfants en sacrifice à leur dieu. Israël a poursuivi cette pratique jusqu’au VII siècle avant J.-C ! Le prophète Isaïe s’est élevé violemment contre elle.

Le feu de ces sacrifices est resté dans les esprits comme le symbole du châtiment pour ceux qui rejettent Dieu. Le feu de l’enfer représente celui de la souffrance insupportable d’être séparé de Dieu après la mort. Quand Jésus en parle c’est toujours au sens symbolique et non pas géographique.

Le lieu lui-même m’a étonné. Dès que j’ai appris où il se trouve, j’ai voulu aller le voir, par moi-même. Non pas que je veuille le fréquenter, un jour… mais par simple curiosité. Il présente deux visages diamétralement opposés. En partant du sud de Saint-Pierre-en-Gallicante, j’ai traversé un endroit sale, abandonné, non construit. J’en ai compris la raison quand je me suis souvenu que les remparts sud de la ville ne sont percés que d’une seule porte, au nom réaliste de « Porte des Immondices » ! Eh oui, ce lieu, si honni des habitants, ne pouvait pas servir à autre chose que de décharge publique à ciel ouvert. Effectivement, un feu brûlait des déchets. Soyons honnêtes, de nos jours la municipalité a procédé à un réel nettoyage, mais il reste un endroit peu agréable.

Voulant retourner dans la vieille ville par la porte de Jaffa, j’ai remonté la vallée et là j’ai vu un changement de décor total : un parc verdoyant, très joli, où des familles pic-niquaient avec de jeunes enfants. C’était un autre monde d’une grande propreté. 

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. (Mt 10, 28) 

Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie éternelle manchot ou estropié, que d’être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. (Mt 18, 8)

La vallée de la Géhenne

UN RETOUR EN ARRIERE

Mon ami(e). Nous avons parcouru ensemble un sacré bout de chemin depuis notre top départ ! Je te sens en forme mais, avant de continuer, il me parait bon de nous accorder un petit temps de repos. J’ai procédé ainsi deux fois sur mon chemin de Compostelle ; une journée complète à Burgos, puis une autre à Leon. Il est bon de rompre de temps en temps le rythme des longues journées de marche, ne serait-ce que pour récupérer un peu de la fatigue résiduelle qui finit par s’accumuler dans le corps, par petites quantités successives, malgré la récupération pendant de bonnes nuits de sommeil. Et pourquoi ne pas se changer les idées par un peu de tourisme sans avoir le sac sur le dos ni la montre sous les yeux.

Je vais donc te raconter une histoire concernant mon passé de pèlerin. Mais ne t’inquiète pas, j’ai nullement l’intention de t’embarquer au désert ou vers le Mont Saint-Michel. Je vais me contenter de te raconter les tout débuts de ma carrière de marcheur, tu comprendras ainsi le pourquoi de certains de mes comportements. Le « hasard », auquel je ne crois absolument pas dans ce cas, a fait que tout a démarré ici, à Jérusalem. Voici le contenu de mon carnet de route.

Je me suis rendu en Israël la toute première fois en août 1971. Dieu ne m’était certainement pas étranger, mais en même temps je ne peux pas dire que nous étions très proches. A l’époque je suis encore du type « compartimenté » : ma vie, c’est ma vie, ma religion c’est une autre chose, elle est décentrée du reste. Il m’est donc impossible de dire que j’y suis allé en pèlerinage.

La guerre des 6 jours, entre Israël et une coalition de pays arabes, a eu lieu en 1967 avec des conséquences importantes pour toute la région du Proche-Orient et même pour le monde entier. Je m’y suis beaucoup intéressé. Je voulais donc aller sur le terrain, quelques années plus tard, et voir, dans la mesure du possible, certains des lieux où se sont passés des évènements encore très présents dans ma mémoire, tels que le Golan, la Cisjordanie, le Sinaï. L’idéal serait que je puisse aller jusqu’au Canal de Suez. Pourquoi se limiter dans ses rêves ?

Je trouve un tour operator dont le programme couvre, en quatre semaines, plusieurs de mes centres d’intérêt :

– Première semaine : grand tour d’Israël depuis la frontière libanaise au Nord jusqu’au désert du Néguev au Sud, de la Méditerranée à l’Ouest jusqu’à la frontière jordanienne à l’Est.

– Deuxième et troisième semaines : travail bénévole dans un kibboutz.

– Quatrième semaine : séjour relax dans un club de vacances au bord de la Méditerranée, avec des possibilités d’escapades.

C’est bien bordé, ça ménage des possibilités, ça me plaît. Je fais mon sac à dos et pars en touriste, assoiffé de découvertes. Célibataire, je suis libre comme le vent. Tu peux observer dès à présent qu’il n’y a dans ce programme aucune préoccupation d’ordre religieux, et pourtant !

Dans l’avion qui m’emmène à Tel Aviv, je découvre que la très grande majorité des passagers est juive. C’est très facile de le faire, il suffit d’observer l’énorme raté de la compagnie aérienne lors du service des repas à bord. En effet, les hôtesses se voient refuser systématiquement les plateaux qu’elles présentent aux passagers. Les repas ne sont pas kasher ! Sur l’ensemble des rangées que je peux voir, nous ne sommes que deux à les accepter ! Étant dans un groupe composé à 96% de juifs, il est facile de comprendre que notre guide va privilégier les faits et les endroits clés de sa religion. Je n’en suis pas particulièrement gêné en tant que chrétien parce que nous avons beaucoup de racines communes.

Israël est un pays dont la surface est réduite, mais dont la richesse en sites historiques et archéologiques est énorme. C’est le point de rencontre des trois grandes religions monothéistes : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. À certains endroits, elles cohabitent, tout au moins géographiquement parlant.

De nombreux événements se sont passés à Jérusalem, que ce soit il y a plusieurs millénaires ou il y a seulement quelques dizaines d’années. Ils sont rappelés par des constructions qui vont des restes du Temple hérodien au Mur des Lamentations, à Yad Vashem, le mémorial dédié aux millions de Juifs victimes des atrocités massives de la seconde guerre mondiale, en passant par l’Esplanade des Mosquées si chère aux musulmans. Il y a aussi la vallée du Cédron, le Jardin des Oliviers, le Mont des Oliviers, le Saint-Sépulcre… bien connus des Chrétiens.

C’est à Jérusalem qu’a eu lieu l’événement majeur de mon séjour en Israël ; il s’est déroulé en deux temps.

En plein milieu d’après-midi, lors du circuit touristique, nous visitons le Saint-Sépulcre, très haut lieu pour les chrétiens car il se situe à l’endroit où le Christ Jésus a été crucifié, est mort et a été enseveli, il y a environ deux mille ans.

Très peu de membres de mon groupe participent à cette visite. Une simple question d’intérêt culturel. En fait, les absents n’ont pratiquement rien perdu tant la visite a été rapide, pour ne pas dire faite au pas de charge. Le guide s‘éclipse rapidement et nous accorde généreusement quelques minutes de temps libre, soit pour approfondir la question par nous-mêmes, soit pour aller nous rafraîchir dans le souk qui est juste à la porte de la basilique. Pour ma part, je choisis la basilique, mais je suis loin de l’intérêt qu’un pèlerin chrétien lui apporte d’habitude. C’est malheureusement si vrai que la seule chose que j’arrive à faire est de m’asseoir sur un rebord de l’édicule érigé à l’intérieur de la basilique : il fait chaud, notre périple est fatigant, j’ai besoin de me reposer.

Mais, en même temps, je ne serais plus moi-même si je disais que mon cerveau tourne à vide. Je SAIS, par mon éducation chrétienne, ce qui s’est passé ici. J’y réfléchis tout en me laissant prendre par l’aspect extérieur de la situation. Je regarde cette construction bien postérieure aux événements, j’observe le comportement des croyants qui est si différent de celui des simples touristes.

Je ne sais pas si c’est l’effet de la température ou de la fatigue, toujours est-il que j’ai un « sérieux retard à l’allumage » dans ma tête : pas de réaction significative de ma part. Cependant, les quelques minutes si généreusement accordées par le guide, suffisent pour que je sorte un peu de ma léthargie. Mon électroencéphalogramme, tout au moins pour ce qui est du domaine concerné, ne reste pas complètement plat, mais il est très loin d’atteindre des pics vertigineux !

Tout d’un coup, j’entends un de mes copains de voyage crier très fort dans l’église : « Louis, viens vite, on s’en va. » C’est comme si mon réveil matin venait de sonner. Je me lève immédiatement tout en éprouvant un sentiment diffus, mais fort. Je me dis : “Il y a ici quelque chose de très important. Tu dois partir tout de suite, mais il faudra que tu y reviennes un jour. » C’est tout. Banal quoi… Et je rattrape le groupe en courant, sachant qu’un jour peut signifier aussi bien dans les semaines à venir que dans un certain nombre d’années. Peut-être même aux calendes grecques.

Cette journée, qui se révélera par la suite si importante pour tout le reste de ma vie, se terminera à Bersheva, ville située à l’entrée du désert du Negev, par la participation à un mariage célébré dans notre hôtel. Je suis alors à des années lumière de tout ce qui a pu se passer l’après-midi…

Un kibboutz

Voilà, c’est tout, du moins en apparence. Fin du premier acte. Mais, est-ce vraiment tout ? Tout ceci aurait pu ne rester qu’un petit fait divers au cours d’une journée sans importance et tomber dans un oubli total. Ce ne fut pas le cas, tu le verras dans la suite de mon histoire.

Et nous poursuivons notre tour d’Israël, en touristes.

Le circuit s’achève dans le kibboutz auquel nous sommes affectés. Là, je vis une expérience vraiment spéciale qui me fait penser, bien entendu toutes proportions gardées, aux marchés aux esclaves de jadis. Dès notre descente du bus, nous sommes regroupés sur une sorte de place centrale où les kibboutzim viennent choisir un ouvrier, nous en l’occurrence ! « Tiens, je prendrais bien celui-ci. Non, je ne veux pas de celui-là, il me paraît trop intello pour ce que je veux lui demander de faire… ou pas assez costaud…ou… »

Pour ma part, je suis sélectionné par un homme qui me paraît sympathique. La tractation se fait avec le chef du kibboutz. Avec moi, il ne s’exprime que par gestes. Bizarre. Mais je ne suis pas là pour discuter. Je découvre rapidement, en arrivant chez lui, que ni lui, ni quiconque d’autre, ne parle autre chose que l’hébreu. Ni le français, ni l’anglais ! Une situation impossible. Du coup, il devient rapidement évident qu’il faut me muter le soir même dans une autre famille. Et là, merveille, les gens parlent français, ils sont d’origine marocaine.

On fait connaissance pendant le dîner : c’est bien entendu moi qui suis l’interviewé. Qui êtes-vous ? Quel âge avez-vous ? Où habitez-vous ? Êtes-vous marié ? Pourquoi êtes-vous en Israël ?… Ça n’arrête pas. Tout se passe bien jusqu’au moment où ils me demandent mon métier. Quand je suis amené à leur dire que je suis ingénieur, tout bascule. C’est un changement de registre complet. « C’est un grand honneur que vous nous faites en venant dans notre maison ! C’est impossible que vous travailliez pour nous ! Vous êtes notre invité. S’il vous plaît, acceptez. Nous sommes fiers de vous accueillir et ça nous fait un grand plaisir. »

Cela me touche profondément. Je reçois cette invitation avec une réelle émotion liée à la spontanéité et à la simplicité de ces « braves gens ». Je me sens particulièrement proche d’eux car je retrouve la simplicité de ma propre vie d’enfant puis de jeune chez mes parents. J’aime l’état dans lequel je suis ainsi plongé. Je suis très bien. Mais rapidement une autre réaction monte en moi, pilotée plus par mon esprit que par mes sentiments. Elle me conduit à me dire que la situation est « mal barrée ». Tout d’abord, je n’aime pas cette position de pseudo-supériorité qu’ils me donnent et, surtout, si je suis chez eux c’est dans le cadre d’un accord, d’un engagement, et je me dois de l’honorer. Point.

En même temps, je vois leurs visages et cela l’emporte sur les paroles que j’entends. J’aime ces gens parce qu’ils sont simples, ils disent directement ce qu’ils pensent. En cela, je n’ai aucune difficulté à les comprendre car, si je suis effectivement ingénieur, je suis avant tout, et je crois pour toujours, dans mes gênes, un fils d’ouvrier de Bretagne profonde des années de la fin de la guerre et d’après-guerre. Ma famille a connu intimement la pauvreté.

Ma sympathie spontanée envers eux me fait craquer ; c’est d’accord. Moi aussi, je suis heureux d’être chez eux et je vous apprécie. Je serai donc votre invité mais, en même temps, j’aurai le droit de travailler avec vous, pour vous, par amitié. Marché conclu.

Je me couche avec un gros sentiment de bonheur dans le cœur. Je suis chez des gens sympas, simples, ouverts, et avec qui je peux communiquer facilement. Pour quelqu’un qui cherche à comprendre un peu le pays et les gens, c’est inespéré. C’est top. « C’est trop » comme disent les enfants d’aujourd’hui.

Un soir, à la fin du dîner, le chef de famille dit quelques mots à sa femme, en hébreu, et se retire dans une autre pièce. Il revient très rapidement dire bonne nuit à toute la famille. Vraiment rien de particulier en cela, sauf qu’il porte un pistolet mitrailleur en bandoulière ! Moi qui voulais assister à des scènes de vie particulières, eh bien là je suis servi. Du jamais vu pour moi, du banal pour eux. L’homme allait tout simplement prendre son tour de garde pendant la nuit…

Mais au fil des jours, une difficulté inattendue surgit. Je me sens de plus en plus trop bien accueilli. Oui, mon ami(e), tu as bien lu : je suis gêné parce que je suis trop bien accueilli. D’accord, ce n’est que ma perception mais elle traduit une réalité. Dans mon milieu d’origine simple, j’ai appris ce que veut dire l’accueil et le partage. Ce n’était pas simulé, chez eux non plus.

Le problème vient du fait qu’il fait terriblement chaud en Israël au mois d’août. Toute activité physique exige, pour une simple question de santé, de boire beaucoup, de nombreux litres de liquide par jour. Mes hôtes craignent pour moi la qualité médiocre de l’eau du robinet. Les boissons de remplacement ont un coût que j’estime trop élevé pour leurs revenus. Je leur demande donc de réduire leur fourniture. Oui, oui, me disent-ils, mais ils ne le font pas. Cela me gêne de plus en plus. Je commence à penser qu’il va falloir les contraindre, d’une façon ou d’une autre. Mais comment ? Comment lutter contre la générosité et la gentillesse ? C’est beaucoup plus difficile de le faire que de se battre contre la méchanceté ou la bêtise.

Finalement, au bout de plusieurs jours, je n’entrevois qu’une seule solution : les « menacer » de les quitter. Je le fais à plusieurs reprises, mais c’est peine perdue. J’en arrive à mettre ma menace à exécution. C’est donc décidé, demain matin, je les quitterai, je partirai.

C’est une situation tellement bizarre, troublante, que j’en oublie de me poser la question la plus évidente : partir, oui, mais pour aller où ?

Cela se traduit par un départ, vers six heures du matin, pour la gare routière de Tel Aviv. J’ai mon sac sur le dos, mais aucune direction en tête !

Je n’en suis absolument pas troublé.

Pendant un certain nombre de minutes, je circule entre les bus rangés entre des panneaux indiquant de nombreuses destinations, sans réaction de ma part.

Ça dure jusqu’au moment où je me sens comme attiré par un aimant puissant ; je suis un quai d’embarquement où il est indiqué : Jérusalem. C’est Jérusalem qui m’appelle ! Et là je me souviens d’avoir dit, une dizaine de jours auparavant, « il serait bon que je revienne au Saint-Sépulcre. » C’est le moment. J’y vais, c’est évident.

Arrivé dans la ville moderne de Jérusalem, vers 8-9 heures, je me rends tout de suite dans la vieille ville ; j’y déambule pendant toute la matinée, sans but précis, comme si mon intuition de la gare routière de Tel Aviv avait complètement disparu.

Vers 13 heures, je me retrouve assis sur le parapet de la rampe qui permet de passer de l’esplanade située devant le Mur des Lamentations à celle des Mosquées. J’observe les allées et venues des gens qui vont prier au Mur. Ça m’intéresse beaucoup, je suis heureux de passer du temps en un lieu aussi célèbre. J’en arrive à oublier complètement les réalités de la vie quotidienne.

C’est le soleil qui se charge de m’y ramener ; il cogne très fort en ce début d’après-midi. Ça ne va pas pouvoir continuer comme cela pendant bien longtemps. Puis je prends conscience que la fatigue monte en moi et je me dis : « Tu es vraiment surprenant. Tu t’es levé avant cinq heures ce matin. Tu n’as pas mangé depuis. Il fait chaud, tu n’as rien à manger, ni à boire, et tu n’as aucune idée du lieu où tu dormiras ce soir ! Il faudrait peut-être que tu te bouges et que tu réagisses. Tu n’es pas sérieux. »

Ne me demande pas ce qui a pu provoquer la réflexion qui va suivre, je n’en ai pas la moindre idée. Toujours est-il que me vient à l’esprit le souvenir d’une conversation avec une amie, un an plus tôt, à Versailles. Elle m’avait dit, je ne sais plus pourquoi : « Si un jour, tu es paumé à Jérusalem, va chez les Feu Meu Meu, Porte de Damas » (écriture phonétique). Message sibyllin, que j’avais fait passer à la trappe. J’avais juste répondu, tout macho que je suis : « Dis, tu veux rigoler ! Moi ? perdu ? Jamais ! En plus à Jérusalem ? Mais je n’ai à ce jour strictement aucune intention d’y aller ! « 

Or il se trouve qu’aujourd’hui je suis là, au cœur de Jérusalem, et si je ne suis pas encore complètement paumé ça commence à en prendre le chemin. Je n’ai vraiment pas grand-chose d’autre à faire que de me raccrocher à cette recommandation. Je décide donc de tenter de résoudre l’énigme : c’est quoi ? c’est qui ? ces « Feu Meu Meu » que je dois trouver à la Porte de Damas ?

Sitôt dit, sitôt fait, je me lance dans la traversée du souk car je sais grosso modo où se situe cette porte. C’est d’ailleurs celle de la ville que je préfère. Je la retrouve très facilement, la passe et me retrouve à l’extérieur de la vieille ville.

Je suis sur l’avenue des Paratroopers ; en face de moi, il y a une autre artère et un panneau indicateur : Damas. Je sais maintenant, vaguement, où je dois chercher, mais je n’ai encore aucune idée sur quoi ou qui. Faut-il que je m’embarque sur le côté droit ou sur le côté gauche de cette rue ? La plus grande facilité d’accès me fait opter pour le côté gauche, et j’avance. Au bout de seulement cent mètres, je m’arrête devant une plaque en bronze sur laquelle je lis : « Franciscaines Missionnaires de Marie ». Merde, des bonnes sœurs ! C’est donc ça les fameuses FMM, les Feu, Meu, Meu ! Que dois-je faire ? Je persiste ou je m’échappe avant de tomber dans un piège ? C’est en réalité mon corps qui va parler et imposer son choix : « Il fait très chaud, je suis fatigué, j’ai faim, j’ai soif : fiche-moi la paix, sonne ! «  Et je lui obéis. Je le fais en me disant : « Je suis peut-être complètement fêlé, mais il faut y aller. »

Très rapidement, une religieuse vient ouvrir la porte. Elle est gentille et souriante. Elle me demande la raison de ma présence ici, sur le pas de sa porte. Bravo, c’est exactement la question qu’il ne fallait pas me poser, celle qui tue.

« Ben… heu… c’est-à-dire que…, disons que… comment vous expliquer… »

Honnêtement, que veux-tu que je lui réponde ? Je bafouille plus que je ne parle. J’arrive tout de même à dire que je suis français, que je me balade dans le pays, que je n’ai pas mangé depuis très tôt ce matin, que je ne sais pas où dormir ce soir et que j’aimerais voir le côté chrétien d’Israël.

Je ne te cache pas que je suis très fier de moi, bien à l’aise ! Je maîtrise ! Oui, certainement, sauf que si j’avais pu passer sous terre…

La religieuse “percute vite” et comprend très bien la situation. Elle ne m’enfonce pas, elle ne me rejette pas. Au contraire, elle est pleine de tact, je me sens immédiatement dans de bonnes mains. Tout d’un coup, une silhouette noire passe derrière elle. Elle réagit immédiatement : « Père…, j’ai ici un jeune Français qui me semble avoir besoin de vous. Vous vous en occupez ? « 

C’est ainsi que je rencontre, totalement « par hasard”, oui, je le répète « par hasard”, le pèlerinage organisé en Terre Sainte par la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris. Il rassemble plusieurs centaines de personnes réparties en groupes homogènes tels que les couples, les étudiants, les jeunes travailleurs… Je suis immédiatement adopté par ce dernier.

En quelques minutes, je bascule de l’état de touriste paumé à celui de pèlerin ! Je passe d’un monde à un autre.

C’est inouï ! Invraisemblable ! Incroyable ! Je suis profondément heureux. Tu as parlé de « hasard » ? Oui si le hasard est le pseudonyme de Dieu lorsqu’Il ne veut pas signer Son œuvre de Son Nom.

Le train dans lequel je viens de monter en marche n’en est qu’à la moitié de son trajet. La première semaine du pèlerinage a été consacrée à la visite des principaux lieux de Terre Sainte où le Christ est passé pour annoncer la Bonne Nouvelle, l’Évangile. La seconde, qui commence aujourd’hui, se déroulera entièrement à Jérusalem.

Comme dirait l’autre, j’arrive pile à ce moment charnière. Qui osera me croire, si j’affirme haut et fort, avec beaucoup de culot et une grosse mauvaise foi, que tout ceci n’est que le résultat d’un parfait calcul et d’une bonne programmation, que je suis le seul et l’unique responsable de ce qui m’arrive, que je le mérite, l’ayant tant désiré et cherché ?

Tu parles !

De mon côté, cela tombe impeccablement bien car il me reste exactement une semaine pleine avant de rejoindre le club de vacances sur la côte. Mais ça ne me préoccupe plus du tout. Terminé le planning initial et la grande vadrouille.

D’un seul coup, je rentre, en bloc, totalement, dans la célébration de la Semaine Sainte vécue par Jésus, il y a deux mille ans, à Jérusalem et dans ses environs immédiats. Je deviens quelqu’un d’autre, je ne suis plus du tout celui que j’étais il y a seulement une semaine. Je fonctionne désormais sur un autre registre, que je perçois inscrit au fond de moi et que je découvre petit à petit. Du bonheur, rien que du bonheur. Je suis heureux de découvrir les lieux, décrits dans les évangiles, où Jésus a vécu les derniers jours de sa vie terrestre. Je répète, “rien que du bonheur », et un bonheur intense, rarement ressenti auparavant. Quand on rencontre la vérité et que l’on est en accord avec elle, on est transporté d’une façon indicible.

C’est une profonde émotion que de pouvoir vivre sur les lieux mêmes où se sont passés des événements si essentiels pour toute notre humanité. Bien sûr, il faut savoir faire abstraction de ce que l’on perçoit visuellement, comme les constructions actuelles, mais ce sont alors les paroles qui nous ont été transmises par les évangélistes qui prennent un poids nouveau. Mon écoute et ma réception de ces textes, sur place, ne seront désormais plus les mêmes pour moi, que je sois chez moi ou n’importe où dans le monde. Tout cela m’a aidé, réellement, à revisiter ma foi en ce Fils de Dieu qui, un jour, s’est fait homme pour venir plus intimement à notre rencontre et nous proposer le Salut, la vie avec Lui.

Le point culminant se situera le vendredi quand nous célébrerons le Vendredi Saint, jour de la mort de Jésus par crucifixion. Rappelons brièvement les faits. 

Après sa condamnation à mort, dans la nuit du jeudi au vendredi, et la torture par flagellation et autres supplices tels que la couronne d’épines, Jésus a été contraint d’aller jusqu’au lieu de son exécution en portant sa croix, sous les injures de la foule. Ce chemin passait par des rues de la ville de Jérusalem de l’époque et a abouti à un monticule appelé Golgotha, ou calvaire, situé juste à l’extérieur des remparts de la ville d’il y a deux mille ans.

Beaucoup de monde passait habituellement par là, le spectacle était donc « garanti total ».

Depuis très longtemps, les Chrétiens commémorent ce moment terrible qui précède la mort de Jésus et sa mise au tombeau. Ils l’appellent le Chemin de Croix. Chaque année, il est célébré d’une façon particulièrement intense le vendredi qui précède le dimanche de Pâques, jour de la résurrection de Jésus. Celle-ci est le point le plus essentiel de la Foi chrétienne.

Un tracé très approximatif du chemin suivi par Jésus a été retenu, il porte le nom de Via Dolorosa et passe dans le souk actuel.

Traditionnellement, on le parcourt en procession, derrière une grande croix portée par les personnes qui sont en tête. Sa progression n’est pas facile car il y a toujours beaucoup de monde dans et devant les nombreuses échoppes. Il en résulte une bousculade permanente. La marche quant à elle est entrecoupée d’arrêts appelés « Stations du Chemin de Croix » pendant lesquels sont lus les passages d’Évangile qui relatent les principaux événements qui ont eu lieu pendant cette tragédie. Les pèlerins écoutent, méditent, prient. L’émotion est intense.

Dans la matinée, nous empruntons la Via Dolorosa. Je fais partie de ceux qui ont la chance de porter la croix qui ouvre la marche. C’est lourd, ça tire, c’est difficile, c’est dur, mais ça n’a certainement rien à voir avec ce qui a été infligé à Jésus. A midi, nous atteignons le Saint-Sépulcre. C’est une basilique très ancienne qui a été construite sur le Golgotha où avaient été dressées les trois croix : celle de Jésus et celles des deux larrons, c’est-à-dire des bandits condamnés en même temps que Lui.

Le Chemin de Croix dans les ruelles du souk

Après un long temps de prière, je me dis qu’il est temps de rejoindre l’hôtel pour « mon » déjeuner.

Je précise que la veille, il nous a été proposé de sauter ce repas afin de marquer l’événement.  Ce n’est pas une obligation, je  me suis inscrit sur la liste des présents à l’hôtel car j’estimais que j’aurais certainement faim…

C’est effectivement le cas. Je me lève donc et parcours cinq mètres, maximum, en dehors du Saint-Sépulcre. Là, c’est le choc. Je ne m’arrête pas : je pile sur place. Je suis littéralement scotché au sol, face au souk et à son animation marchande. Un sentiment d’une rare intensité m’envahit : « Non, ne fais pas ça. Ce n’est pas possible que tu retournes comme cela dans « le monde », après ce que tu viens de vivre ces dernières heures. Non, ça ne convient pas. »

Je vire immédiatement de 180° et je reviens dans le Saint-Sépulcre pour reprendre ma prière. Je vais y rester trois nouvelles heures, d’affilée. C’est la première fois de ma vie que cela m’arrive. Et je suis heureux ! Je suis en Paix ! Je me souviens de ma première visite en ce lieu, qui fut si brève. Je me rappelle ce sentiment diffus alors ressenti et qui aujourd’hui est totalement remplacé par celui très fort d’une présence.

C’est une secousse sérieuse, mais en même temps d’une grande douceur. Je ne « manage » strictement plus rien, je suis tout simplement heureux. Et ça me plaît profondément. Il est vraiment surprenant d’observer comment des sentiments, des ressentis de ce type peuvent atteindre le même poids de certitude, de crédibilité,  que des démonstrations expérimentales ! Physiquement parlant, il n’y a rien de nouveau par rapport à mon état antérieur, mais alors, quelle perception nouvelle d’un concret à couper au couteau !                                                      

Le pèlerinage s’est achevé le lendemain. Nous n’avons donc pas pu célébrer la Résurrection du Christ mais nos cœurs étaient tellement retournés par les célébrations de ces derniers jours que personne ne s’est senti lésé. Nous sommes repartis de Terre Sainte avec un cœur raffermi et un vrai désir de vivre d’une façon nouvelle notre foi en Christ, mort et ressuscité à Jérusalem.

J’ai moi aussi quitté Jérusalem et en ai profité pour raccompagner mes nouveaux amis à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Il y a eu de l’émotion dans ces adieux mais je savais déjà que, dès mon retour en France, je les retrouverais.

Quand je suis revenu au kibboutz, j’ai eu la joie de retrouver mes amis israéliens. Cela s’est passé à la piscine. Je me souviens du visage souriant de la mère de famille quand elle a vu et entendu ses trois jeunes enfants me sauter au cou pour m’embrasser tout en me disant quelque chose que je ne comprenais pas, et pour cause ! Sans mauvais jeu de mot, c’était pour moi de l’hébreu. Ils disaient simplement « Tonton Louis est revenu, tonton Louis est revenu.« 

Inutile de te dire que ma programmation d’une visite vers le canal de Suez et autres lieux n’a plus été qu’une vague et lointaine idée.

Je ne suis plus le même homme. Je suis désormais en marche vers le Christ, mon ami de Jérusalem. Il vient de me faire basculer d’une religion « par habitude » à une religion vécue, personnelle. C’est désormais une adhésion à une personne vivante.

Oui, aujourd’hui, presque cinquante ans plus tard, je continue à rendre grâce à Dieu pour ce cadeau merveilleux qu’il m’a fait là-bas, à Jérusalem, pendant l’été 1971. C’est probablement un des plus beaux que j’aie jamais reçu dans toute ma vie.

Je tiens à remercier ici, du plus profond de mon cœur, les Franciscaines Missionnaires de Marie de Jérusalem, pour la main qu’elles m’ont tendue, par l’intermédiaire de l’une d’entre elles.

J’en fais de même pour les responsables du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris qui m’ont accueilli les bras grands ouverts. Tout particulièrement, le père Georges Morand. Je vois encore avec précision le lieu de notre première conversation approfondie : c’était dans la vallée du Cédron, au niveau du jardin de Gethsémani, le long d’un grand mur de pierres. Merci à tous mes amis pèlerins, je continue à en rencontrer certains.

Comme le dit un film à succès récent : « Mais qu’est-ce j’ai fait au Bon Dieu ?  » Je suis parti en touriste, je suis revenu en pèlerin !

Mon ami(e), à ce stade du livre, je crois t’entendre me poser la question suivante : « Dis-moi, Louis, sincèrement, que reste-t-il, cinquante ans plus tard, de toute cette expérience ? Est-elle encore vivante ou, au contraire, s’est-elle définitivement envolée hors de ta vie ? « 

Ma réponse est très simple : cet événement a été un fait majeur dans l’ensemble de ma vie. Il a marqué un point d’inflexion très net sur ma trajectoire personnelle. Celui que je suis aujourd’hui est, certes, directement lié à ce que j’étais auparavant mais aussi, et pour beaucoup, à ce que j’ai vécu pendant ce laps de temps très court, car, finalement, c’est quoi une semaine dans une vie ? Pas grand-chose généralement, mais cela peut prendre des proportions considérables si au cours de ce moment des points essentiels de ta vie se trouvent touchés. Ce fut le cas, pour moi, à Jérusalem. Je peux affirmer que depuis je n’ai plus été le même. Cela a totalement imprégné ma vie de façon nouvelle, ma vie personnelle et relationnelle évidemment, mais aussi ma vie professionnelle. Je n’ai plus eu les mêmes critères de choix et de décision que précédemment, et ils sont toujours en vigueur aujourd’hui.

Je me sens, depuis, beaucoup plus proche de cet homme qui s’appelait Jésus. Le fait de réentendre le récit des derniers moments de sa vie, sur leur lieu historique, dans leur simplicité et leur cruauté, m’a profondément interpellé. 

Je raconte sur mon site internet www.viens-et-vois.fr les conséquences  de cette expérience sur la suite de ma vie.

ET MES DEUX AUTRES DESIRS EN ARRIVANT EN TERRE SAINTE ?

– Le premier d’entre eux était de passer une nuit entière à l’intérieur du Saint-Sépulcre. Je savais que cela était possible et, compte tenu de ce que je viens de te raconter au sujet de mes deux premiers passages dans ce lieu, je voulais « marquer le coup » lors de mon pèlerinage en solo en y consacrant un long temps. Certes mes visites ont été quotidiennes pendant ma semaine de présence à Jérusalem, mais je voulais y ajouter quelque chose : faire l’expérience d’une nuit entière dans ce lieu si exceptionnel et si rempli de sens.

Le côté pratique de l’affaire ne mérite pas un long développement. Si un jour tu souhaitais en faire de même, sache qu’il faut s’inscrire plusieurs jours à l’avance car le nombre de personnes autorisées à le faire chaque nuit est limité à une vingtaine ou une trentaine. Pour les Catholiques, il faut s’adresser aux Franciscains. Il en est de même pour ce qui concerne les autres rites chrétiens, auprès de leurs religieux respectifs.

Il est particulièrement émouvant de se retrouver, dans le silence de la nuit, devant l’autel placé au dessus du trou dans lequel la croix du Christ a été plantée ou devant le tombeau. C’est une veille exceptionnelle par son sens et sa durée. Impressionnant. J’ai été très heureux de le faire.

– Le second était de me rendre à l’École Biblique de Jérusalem. Oui, Je tenais beaucoup à me rendre dans ce haut lieu de la connaissance de la Bible. Pourquoi ? Parce que ces dernières années j’ai suivi une formation de grande qualité sur la Bible et que cela m’a passionné, tant au niveau de la nourriture de ma foi que ses aspects historiques, sociaux…

Donc, j’arrive un soir à Jérusalem et, bien entendu, je me rends chez mes fameuses Feu Meu Meu. Que veux-tu, c’est mon camp de base à Jérusalem. C’est totalement inconcevable que j’aille ailleurs.

Toujours le même accueil si sympathique (Bonjour sœur Herminia, comment allez-vous ? ) Mon programme n’est pas défini mais je veux aller dès le lendemain à l’École Biblique. 

Il se trouve qu’au petit déjeuner, j’entends trois personnes parler français. Je vais donc les saluer. Ce sont deux Français et un Canadien qui m’annoncent qu’ils attendent l’arrivée imminente d’un guide qui leur a été recommandé. Juste à ce moment-là, arrive le guide en question. On fait connaissance et, oh surprise, c’est un dominicain de l’École Biblique de Jérusalem ! Comme on dit : « faut le faire ! » Ce n’est pas moi qui suis allé à l’École Biblique, c’est l’École Biblique qui est venue à moi, purement et simplement. Impensable. C’est tout mon séjour d’une semaine à Jérusalem et dans ses environs qui va se trouver marqué par cette rencontre avec le frère Christian Eeckhout, car tel est son nom. C’est un véritable cadeau du ciel que je reçois et je me joins au groupe. Aucun problème d’arrimage, c’est du régal car Christian est un véritable puits de connaissance de la Bible mais aussi sur le pays, son histoire et sa géographie. 

C’est une plongée en profondeur qui m’a ainsi été offerte car c’est un véritable frère dans la foi que j’ai rencontré. Bien sûr, il m’a fait visiter le couvent Saint-Étienne qui abrite l’École Biblique et Archéologique de Jérusalem et m’a montré une petite partie de l’énorme travail qui y est fait et qui constitue une référence majeure au niveau mondial. J’y suis allé pratiquement tous les jours, en particulier pour assister à la messe, quand je ne le faisais pas au Saint-Sépulcre. Une solide amitié  est ainsi née. Tu verras dans l’épilogue la belle cerise sur le gâteau à laquelle j’ai eu droit.

Après ces pages à caractère plus personnel, je te propose maintenant de revenir à Jésus en « revivant » son horrible Passion grâce aux textes que nous ont laissés les évangélistes.