Chapitre 7

Quel chemin as-tu pris pour monter à Jérusalem ?

INTRODUCTION

L’expression « Monter à Jérusalem » peut être reçue, dans un premier temps, comme une simple information géographique ; mais dans le cas présent elle est lourde de sens. Jésus commence une démarche volontaire et consciente, il sait qu’elle va aboutir à sa mort. Il sait très bien que les responsables sacerdotaux du Temple de Jérusalem, ainsi que les Romains, en veulent sérieusement à sa vie. Ce qu’il a dit au sujet des pauvres et son annonce insistante du Royaume de Dieu le font paraître aux yeux de certains comme un rénovateur, et pour d’autres comme un agitateur et même un révolutionnaire !

Le risque de troubles sérieux dans ce territoire soumis à Rome est insupportable ; il faut y mettre fin. Par ailleurs, son coup de force dans le Temple quand il en a chassé les marchands fait craindre aux Grands-prêtres un rejet des formes de la pratique de la religion. Quand on sait que le pouvoir religieux et le pouvoir politique sont intimement liés, car tenus par exactement les mêmes personnes, cela devient grave. C’est directement leur autorité sur le peuple qui est menacée avec pour conséquence immédiate la perte des revenus confortables associés. La situation est donc explosive. A cela il n’y a qu’une seule parade radicale : l’exécution du trublion.

Oui, Jésus le sait très bien. Mais il sait également pourquoi il est venu sur cette terre, et il sait que le prix à payer pour aller jusqu’au bout de sa mission sera de tenir bon malgré le refus et la jalousie de certains, et de passer par la mort. N’est-ce pas  lui qui a dit un jour, dans le Temple, en toute liberté et en toute conscience : 

Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.

Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.

Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. » De nouveau les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles. (Jn 10,11-19)

Nous voici donc en présence de Jésus, sur le chemin qui va à Jérusalem. Il connait la route car, en juif pieux qu’il était, il avait fait maintes fois le pèlerinage au Temple. Pour faire cela, il y a plusieurs options : la plus facile est celle de la vallée du Jourdain qui mène directement du lac de Tibériade à Jéricho. De là, il ne lui reste plus à faire qu’une montée assez raide pour atteindre Jérusalem, via Béthanie et Bethphagé, en montant par le Wadi Qelt, chemin le plus praticable pour traverser d’est en ouest le désert de Judée. À Béthanie, il sera accueilli par ses amis Lazare, Marie et Marthe. Il terminera ensuite sa marche en passant par le Mont des Oliviers, d’où il découvrira la magnifique vue sur le Temple. Il lui suffira enfin de descendre dans la vallée du Cédron et de remonter par la Porte Dorée s’il va au Temple, ou par les piscines de Bethesda (encore appelée Bezatha) s’il va dans la ville.

L’expression « Monter à Jérusalem » est très bien justifiée au sens topographique du terme car la ville se situe dans une des parties les plus hautes de la Judée. Le sommet sur lequel le Temple a été bâti culmine à 740 m environ au-dessus du niveau de la mer. Le Mont Sion, où se situent les quartiers hauts, est à 765 m, et le Mont des Oliviers à 826 m.

Cela signifie que pour aller de Jéricho, -240 m, à Jérusalem il faut grimper1 000 m. Cela n’est pas sans me rappeler mon pèlerinage à Compostelle qui m’a conduit à monter de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux en une journée : 27 km et 1 250 m de dénivellation. 

Une autre possibilité est, au départ de Nazareth, de couper en traversant la Samarie par Sichem. Mais ce chemin des crêtes est plus difficile car accidenté. C’est sur ce chemin que Jésus, lors d’un autre voyage, a rencontré une Samaritaine. En associant ici deux événements différents, je ne fait qu’imiter les évangélistes qui n’ont pas hésité à le faire, pour des questions de pédagogie. Là encore, il faut savoir faire abstraction de certaines données logiques ou historiques pour ne retenir que le sens profond des faits ou des paroles.

LE PUITS DE JACOB (SICHEM / NAPLOUSE)

Dans l’épisode de la rencontre avec la Samaritaine, Jésus propose un  nouveau culte rendu à Dieu. Il souhaite que ce ne soit plus seulement au Temple de Jérusalem mais partout, par toute personne : qu’il soit fait « en esprit », c’est-à-dire dans la mouvance du Saint Esprit mais surtout qu’il le soit « en vérité ». Il propose que désormais ce soit avant tout un chemin d’intériorité.

Ce culte doit être intérieur parce qu’il est l’œuvre de l’Esprit qui suscite en chacun l’adoration véritable. 

Avec la Samaritaine, tout tourne autour d’une recherche commune : l’eau, le symbole de vie par excellence. L’un et l’autre ont soif, et Jésus, en bon pédagogue qu’il est, va partir de ce simple état de fait pour amener son interlocutrice à regarder les autres formes de soif qu’elle a en elle. La Samaritaine a dû être étonnée par la tournure si sympathique qu’a pris la conversion avec cet homme a priori considéré comme hostile parce  que Juif.  Ainsi, Jésus peut l’amener délicatement sur un sujet différent autrement plus important que celui de la soif « biologique » : la seule vraie soif à ses yeux, celle de Dieu, apaisée par un vrai culte intérieur.

Dès lors, il quitta la Judée pour retourner en Galilée. Or, il lui fallait traverser la Samarie. Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.

Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.

La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ?  » En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 

Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ?  » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »

La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » 

Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari». Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »

La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »

Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »

La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ?  » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? « 

La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? «   (Jn 4, 3-29)

Jésus et la Samaritaine

Eglise de Naplouse, le puits de Jacob

Le puits de Jacob

JERICHO

Je te propose deux paraboles qui me parlent beaucoup. Pourquoi ? Tout simplement parce que, trop souvent dans ma vie, je suis moi-même un Bartimée, un aveugle, parfois involontaire et cela est regrettable, parfois volontaire et cela est grave. Quant à Zachée… Non, je ne regrette pas de ne pas avoir été comme lui un collecteur d’impôts. Ce que j’aimerais profondément, c’est être capable de la même spontanéité et exubérance dans le bonheur d’avoir la visite de Jésus dans ma maison.

Alors que Jésus approchait de Jéricho, un aveugle mendiait, assis au bord de la route. Entendant la foule passer devant lui, il s’informa de ce qu’il y avait. On lui apprit que c’était Jésus le Nazaréen qui passait. Il s’écria : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi !  » Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour le faire taire. Mais lui criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi !  » Jésus s’arrêta et il ordonna qu’on le lui amène. Quand il se fut approché, Jésus lui demanda :

« Que veux-tu que je fasse pour toi ?  » Il répondit : « Seigneur, que je retrouve la vue. » Et Jésus lui dit : « Retrouve la vue ! Ta foi t’a sauvé. » À l’instant même, il retrouva la vue, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa une louange à Dieu. (Lc 18, 35-43)

La ville de Jéricho

Entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.

Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.  Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »

Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham ».

En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Lc 19, 1-10)

Voici, ci-dessous, « le » sycomore de Jéricho que tout le monde cherche à voir. Est-ce celui de Zachée ? Non, parce qu’il n’est pas assez vieux.

Par contre, il est très facile d’imaginer Zachée juché sur cette grosse branche et Jésus, juste en-dessous, en train de lui parler et de s’inviter chez lui…

Un sycomore à Jéricho

LE DESERT DE JUDEE

Le désert de Judée n’est pas très étendu. Il commence quasiment aux portes de Jérusalem, au pied du versant Est du mont des Oliviers, vers Béthanie, et va jusqu’au Jourdain. Cela ne fait qu’une trentaine de kilomètres. Dans mes projets initiaux, j’avais envisagé une bonne marche de Jérusalem à Jéricho. Sur le terrain, cela m’a été fortement déconseillé à cause de la température très élevée du moment. Il était impossible de la mesurer parce qu’il n’y avait aucune ombre ! J’avais eu 46 °, à l’ombre, en arrivant à Tibériade ; combien aurais-je eu ? 55° ? Non merci, c’est trop dangereux. 

Et voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?  » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ?  » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? « 

Jésus reprit la parole : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. »

Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?  » 

Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. (Lc 10, 25-37)

Pour chacun et chacune de nous, Jésus fait preuve de compassion. Il vient à notre secours quand nous l’appelons. C’est lui le Bon Samaritain.