COMMENT VIVAIT-ON A NAZARETH ?

Nous savons peu de choses au sujet de la vie de Jésus jusqu’à ses trente ans, à l’exception d’un incident lors de son pèlerinage traditionnel à Jérusalem quand il a eu 12 ans.  Avant d’en présenter le récit, je rappelle qu’à cette époque tous les voyages à l’intérieur du pays se faisaient à pied et surtout en groupe, pour des questions de sécurité, car les attaques de personnes isolées par des brigands étaient fréquentes. On se regroupait par clan, par famille ou par village.

« Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur [la présentation de l’enfant au Temple], ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.

Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant !  » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?  »

Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. (Lc 2, 39-52)

Le pèlerin un peu curieux de savoir comment l’homme Jésus a vécu pendant trois décennies ne manquera pas, sous réserve d’avoir le temps nécessaire, de visiter Nazareth au temps de Jésus qui est une reconstitution du village, à peu près là où il était, avec des constructions, des installations, des outils de l’époque, et des personnages vivants en vêtements de l’époque. On pourra me dire que cela fait très américain mais j’en suis personnellement très friand car il y a beaucoup de choses qu’on ne peut pas reconstituer en imagination sans y être aidé. Prenons-donc un peu de temps pour y aller.

La première chose qui saute aux yeux c’est le site géographique du village. Des collines assez escarpées, de la caillasse, une terre pauvre. Il n’y avait aucune possibilité de champ et de culture sérieuse à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Juste des petits lopins de terre. Je ne parlerai pas de pauvreté, c’est inutile parce que c’était le point commun de tous les villages de l’époque : les pauvres vivaient dans les villages et travaillaient dans les champs alentours, les riches vivaient tous dans des villes. Celles – ci n’étaient pas nombreuses : d’abord Jérusalem, lieu du pouvoir religieux avec ses cohortes de prêtres et d’administrateurs. Il y avait également Césarée Maritime, où résidait le préfet romain et ses sbires locaux. Il y eu ensuite Tibériade, lieu de villégiature pour les gens fortunés, au climat agréable grâce à la présence du lac.

Les miséreux, quant à eux étaient nombreux : les veuves, les handicapés, les malades, les paysans surendettés dont on avait pris les terres…

Nazareth, David Roberts lithographie, 1842

La vie de Jésus a été « rustique » mais pas miséreuse. Joseph, son père adoptif, était un artisan, un charpentier. A cette époque, le charpentier travaillait aussi bien la pierre que le bois. Il était capable de construire une maison de A à Z. La faible population de Nazareth n’était pas en mesure de lui fournir un travail suffisant pour faire vivre une famille. Alors, où pouvait se trouver cette source nourricière, pour lui, sa femme et son fils Jésus, d’abord apprenti puis ouvrier ? On peut penser à la ville romaine voisine de Sepphoris Diocaesaree. Matin et soir les travailleurs Joseph et Jésus ont pu faire à pied les 5-6 km qui séparent Nazareth de Sepphoris. Là-bas il y avait du travail qui nécessitait de bons artisans. Le chemin n’était pas facile. Il a fallu que Jésus soit un homme solide.

Je t’avais bien prévenu, avant notre départ, qu’il te faudrait une bonne dose d’imagination pour te faire une petite idée de la réalité du premier siècle à partir ce que nous verrions.  Voici un bel exemple. C’est une des toutes premières vues de Nazareth que j’ai eues. Il y a ici un sacré nettoyage à opérerpour n’en sortir qu’une information : Nazareth n’est pas située en plaine ! C’est une ville dans laquelle on n’arrête pas de monter ou descendre.