Chapitre 14

Peux-tu me parler de la résurrection de tous les morts ?

LA RESURRECTION DES MORTS

Voici une photo que j’ai prise dans la petite église d’un monastère byzantin de la ville de Constantinople, actuellement appelée Istanbul en Turquie. Son nom est « Saint-Sauveur-in-chora » ce qui veut dire « à la campagne » et en langue turque : Kariye Camii. Les fresques peintes sur les murs de cette église sont de toute beauté, absolument magnifiques.

Celle-ci représente « l’Anastasis », c’est-à-dire  la résurrection de tous les morts au Jugement dernier. La posture de Jésus traduit l’énergie, la vie qui est en lui. Il ne se contente pas d’appeler à lui Adam et Ève, qui représentent toute l’humanité, mais il les sort de leurs tombeaux, les arrachant à la mort, en les tenant non pas par la main mais par le poignet ce qui signifie qu’il leur « transfuse » sa vie, la Vie éternelle divine.  Jésus le Vivant (Matthieu 16,16) les « ressuscite », ce qui veut dire littéralement « les fait se lever », se mettre debout. Sous les pieds de Jésus, on distingue les portes souterraines disloquées, appelées « les enfers », écrasant Satan, définitivement vaincu.

C’est la victoire finale de la Vie sur la Mort, la victoire finale du Christ Jésus sur le Mal. 

J’aime beaucoup cette photo, elle a beaucoup de signification pour moi.

C’est d’une façon tout à fait inopinée que j’ai redécouvert un texte du prophète Ézéchiel que j’avais oublié. Lui aussi est d’une grande signification pour moi. Le voici :

La main du Seigneur se posa sur moi, par son esprit il m’emporta et me déposa au milieu d’une vallée ; elle était pleine d’ossements. Il me fit circuler parmi eux ; le sol de la vallée en était couvert, et ils étaient tout à fait desséchés.

Alors le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre ?  » Je lui répondis : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais !  » Il me dit alors : « Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements : je vais faire entrer en vous l’esprit, et vous vivrez. Je vais mettre sur vous des nerfs, vous couvrir de chair, et vous revêtir de peau ; je vous donnerai l’esprit, et vous vivrez. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur. »

Je prophétisai, comme j’en avais reçu l’ordre. Pendant que je prophétisais, il y eut un bruit, puis une violente secousse, et les ossements se rapprochèrent les uns des autres. Je vis qu’ils se couvraient de nerfs, la chair repoussait, la peau les recouvrait, mais il n’y avait pas d’esprit en eux.

Le Seigneur me dit alors : « Adresse une prophétie à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent !  » Je prophétisai, comme il m’en avait donné l’ordre, et l’esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie, et ils se dressèrent sur leurs pieds : c’était une armée immense !

Puis le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Car ils disent : « Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus !” C’est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël.

Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur. » (Ez 37, 1-14) 

Je comprends, à partir de ce texte, que le Seigneur, Créateur de l’Univers, a besoin des hommes, représentés ici par le prophète, pour poursuivre son œuvre de création et de re-création. C’est-à-dire de moi, de toi, de chacun de nous.

Qu’ai-je à y faire, moi, personnellement ? Quelle est ma contribution attendue par Dieu ? Suis-je disponible pour cette coopération ou est-ce que je considère que tout cela me dépasse et donc ne me concerne pas ?

J’ai la conviction profonde que chacun d’entre nous a sa place dans le monde, avec les moyens dont il dispose (certes limités), a quelque chose à faire, a une mission. Ce que je fais aujourd’hui n’a peut-être jamais été fait auparavant. Ce que je fais avec mes mains ou ma tête a toujours un sens, aussi petit soit-il. Si l’acte est mauvais, c’est au détriment de tous. Si l’acte est bon, c’est au bénéfice de tous. La Création, bénie le septième jour quand Dieu s’est reposé, se poursuit encore aujourd’hui, d’une façon différente, car Dieu fait désormais appel à notre contribution. Par exemple, je sais que Dieu n’a pas construit lui-même les machines que j’ai conçues et mises au point pendant ma vie professionnelle, mais c’est lui, et lui seul, qui m’en a donné les moyens.

Ce n’est pas Dieu qui a peint directement le tableau illustrant la parabole de l’Évangile « Le fils prodigue », (Luc 15, 11-32) mais, sans l’inspiration, Rembrandt n’aurait jamais pu le peindre. Ce n’est pas Dieu qui a écrit lui-même la neuvième symphonie, mais sans lui Beethoven n’aurait jamais composé cette musique d’une telle beauté.

Et ceci ne retire absolument rien à ces deux artistes car c’est eux qui se sont appliqués à faire ces œuvres d’art. Il en est de même pour nous tous, les humains. N’est-ce pas Lui qui nous a dit de prendre possession de la terre et de la garder, ce qui signifie d’en prendre soin ? À nous de le faire éclairés par l’Esprit-Saint.

Ici, je ne peux pas m’empêcher de penser à cette foule immense, indénombrable, composée de toutes ces personnes que l’on appelle les « petits », les « pauvres », les « sans voix ». Et eux qu’en fait-on ? Ils n’auraient  aucune « utilité » ? aucun rôle à tenir ? Est-il acceptable de les négliger, de les ignorer comme c’est trop souvent le cas dans nos sociétés dites modernes, d’avant-garde ? Eux aussi ont une mission : aimer et être aimés. En ce moment, je pense à toi Antony, à toi Bruno,  à toi Clément, à toi François, à toi Louis, à toi Louis-Marie, à toi Raphaël, mes jeunes amis trisomiques que j’accompagne. J’ai certainement beaucoup de choses à vous dire pendant nos rencontres, mais vous aussi vous m’apprenez beaucoup.  Vous aussi vous avez une place à part entière dans notre monde ! Mais maintenant, ainsi parle le Seigneur, lui qui t’a créé, Jacob, et t’a façonné, Israël : Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas, la flamme ne te consumera pas.  Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur.  Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime. Ne crains pas, car je suis avec toi. (Is 43, 1-5)  Et encore : Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car j’ai gravé ton nom sur les paumes de mes mains. (Is 49, 15-16)